HADDOCK : L’INSULTE CENSURÉE…(1947)

Nulle part, dans les albums, vous ne trouverez “Clysopompe”, comme vous pouvez le voir dans cette case
Pourtant Haddock l’a bien prononcée dans le Temple du Soleil, dans une case parue dans le journal Tintin du jeudi 8 mai 1947. Pourtant elle ne fut pas reprise dans l’album. Quelle est donc la raison de cette disparition ?
Un jour de mai 1947, alors que paraissait chaque semaine la double page du Temple du Soleil dans le journal Tintin, Hergé reçu le courrier suivant :

Bruxelles, le 8 mai 1947
Monsieur,
J’étais jusqu’à présent un admirateur de votre beau talent, et c’était avec un véritable plaisir que j’achetais chaque semaine votre journal à l’intention de mon jeune fils. J’aurai cependant le regret de devoir m’en abstenir désormais, la nature de certaines expressions qui s’y trouvent reproduites étant incompatible avec la conception que je me fais d’une éducation bien comprise.
En effet, quel n’a pas été mon étonnement en entendant hier mon fils employer le terme « clysopompe » que vous avez placé vous-même, je n’ai pas tardé à l’apprendre, dans la bouche du capitaine Haddock ! Je veux supposer, étant donné votre passé, que vous avez employé ce terme hautement inconvenant sans en soupçonner la signification exacte, mais, dans ce cas, il n’en reste pas moins vrai que vous avez agi avec une incompréhensible légèreté. Vous m’en voyez aussi peiné que choqué.
Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.
Paul Devigne
rue de la Rainette, 12
Bruxelles

Hergé lui répondit sans tarder, dès le lendemain :

Bruxelles, le 9 mai 1947
Monsieur,
Je viens de lire votre lettre d’hier et je ne réalise pas encore exactement la mésaventure qui m’arrive ! 
Bien entendu, j’ai consulté immédiatement mon dictionnaire, lequel s’est empressé de vous donner raison et de m’apprendre que j’avais agi comme un étourdi.
Vous me croirez, je l’espère, Monsieur, si je vous dis que le mot qui vous a choqué – et je le comprends maintenant – je lui attribuais dans ma pensée un sens différent : il n’éveillait, en mon esprit, que l’image d’un petit instrument de physique comme il en existe tant.
Je suis vraiment confus d’apprendre, par vous, l’usage que l’on fait de cet ustensile et je confesse volontiers que j’ai commis là une bévue. 
Bien entendu, ce mot sera rayé du vocabulaire du capitaine Haddock lorsque celui-ci s’exprimera dans l’album de Tintin, et cela, grâce à votre intervention : ce pour quoi je vous remercie.
À la réflexion, je pense cependant, Monsieur, que la chose passera inaperçue et que les enfants n’y verront que du feu. 
Depuis près de vingt-cinq ans que je m’efforce de les intéresser par mes histoires dessinées, c’est la première fois qu’une mésaventure de cette sorte m’arrive : je n’en suis pas encore revenu !
Je serais navré que cet « accident » modifiât désormais la sympathie que vous vouliez bien m’accorder depuis si longtemps, et, tout en battant ma coulpe, je vous promets, cher Monsieur, « de faire mieux la prochaine fois « 
Croyez que je vous suis reconnaissant de m’avoir dit votre pensée et recevez, je vous prie, avec mes excuses, l’assurance de mes sentiments les meilleurs.
G. Rémi – Hergé

Sa lettre lui revint le 3 juin avec les mentions “Inconnu” et “retour à l’envoyeur” Il n’existait pas, semble-t-il de Paul Devigne.
Ce n’est que plus tard que l’on sut que le véritable auteur de cette manifestation était Jacques Van Melkebeke, ami et collaborateur de Hergé, familier de ce genre de facéties.
Toujours est-il que dans l’album, la case en question ne figure pas. Sans doute est-ce peut-être aussi dû à un nouveau découpage de l’histoire (l’album ne devait pas dépasser les 62 pages) plutôt qu’à une question de respect des… convenances.

Avis aux collectionneurs : il s’agit du numéro 19 du 8 mai 1947 !

 

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