ALCAZAR : REVANCHARD ET COMBINARD !

Tintin fait la connaissance du général Alcazar quand, dans L’oreille Cassée, il arrive en pleine insurrection à Las Dopicos, la capitale de San Theodoros. Il rencontre, dans son uniforme bigarré, l’irascible général, mauvais perdant et fumeur de havane, qui se dispute continuellement le pouvoir avec son meilleur ennemi, le général Tapioca.

Mâchoire carrée, longs favoris, son éternelle barbe d’un jour et ses moustaches sont celles de l’acteur Wallace Berry que Hergé a vu au cinéma dans le film Viva Villa ! de Jack Conway, sorti en 1934 et dont il s’est inspiré.

Le film est surtout remarquable pour l’excellente prestation de Wallace Berry, à qui ce rôle de bandit au grand cœur va comme un gant… et il le montre. Il ne reste pas beaucoup de place pour les autres acteurs à côté de lui. Le film fut un énorme succès pour la MGM.

Le général Alcazar, alias le lanceur de couteaux Ramon Zarate, est le type même du général d’opérette. Il vaut le détour tant il présente la quintessence du dictateur tropical. Largement inspiré par les dirigeants latino-américains des années 30, il est fier de son armée de “ringards” qui ne compte pas moins de 3 487 colonels !

Ce fougueux officier n’a qu’une seule religion : la Révolution ! Et, de coups d’État en insurrections générales, il passe son temps à disputer le pouvoir à son meilleur ennemi : le général Tapioca. Pour l’amour de son pays, la République du San Theodoros, il n’hésite pas à conclure les pactes les plus véreux ni à passer les pires compromis avec les requins de la finance internationale.

L’irascible guérillero qui ne répugne pas aux plaisirs de la bouteille, fume cigare sur cigare et apparaît aussi imprévisible à la guerre qu’au jeu d’échecs.

S’il s’avère être un adversaire coriace au jeu d’échecs, il semble à la limite de l’illettrisme si l’on en juge par l’orthographe de la lettre qu’il adresse à sa femme Peggy.

Physiquement, le général Alcazar en impose. De belle prestance, il a le cheveu rare et gominé, les joues éternellement bleuies par une barbe de trois jours, la moustache finement taillée, le sourcil épais et le menton saillant. Élégant à la ville, on le verrait bien en danseur de tango argentin, mais l’homme n’apprécie qu’une seule musique : celle de la poudre et des balles.

Vaniteux, ombrageux et expansif, on ne saura jamais s’il est paranoïaque ou mégalomane. Crédule et colérique, il a toujours la tête près du képi et se montre tout autant capable d’enthousiasme sincère (il nomme Tintin Colonel aide de camp) que d’effrayants caprices (il n’hésite pas à condamner Tintin à mort à la seule lecture d’un faux grossier).

Au fil des aventures du petit reporter, Hergé s’amusera à humaniser Alcazar et n’hésitera pas dans “Tintin et les Picaros” à l’affubler d’une épouse castratrice en la personne de Peggy. Il deviendra ainsi, comme Monsieur Boullu, le marbrier de Moulinsart, un des rares personnages à vivre en couple.

LE SAVIEZ-VOUS ?

Dans la vie privée Alcazar est tout sucre devant son épouse la redoutable virago Peggy, qu’il appelle d’une voix suave “Palomita mia”, sa petite colombe. Pour le personnage de Peggy, Hergé s’est inspiré d’une femme, porte-parole du Ku Klux Klan, qu’il avait vu un soir dans un reportage télévisé et dont il s’était empressé d’esquisser le portrait.

PEGGY ALCAZAR

 

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Un commentaire


  1. Séraphin Lampion vit également en couple avec carrément une famille nombreuse.

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