LA COULEUR ORANGE DANS LE TEMPLE DU SOLEIL

Article de notre ami Richard REYES.

La couleur orange éveille les sens, avive les émotions et provoque une sensation de bien-être et de bonne humeur. Dans la symbolique, en Occident, l’orange est associée à : l’énergie. L’origine de cette symbolique réside dans le fait que l’orange est la couleur du soleil, et la couleur de l’orange (agrume énergétique). 

Le Temple du Soleil, un des chefs-d’œuvre d’Hergé, avec le cycle de la Licorne. Ces histoires sont riches (un trésor!) d’un point de vue analytique. On est frappé de l’abondance d’enseignements sur ce que sont un secret, un message codé, la valeur des choses. Le Temple du soleil est complémentaire parce que ce sont à chaque fois des trésors volés, le premier par le pirate puis par le chevalier, le second par les explorateurs, puis par Tournesol. Ici, le trésor Inca (un simple bracelet) est finalement rapporté à l’autre bout du monde. Hergé n’a donc pas construit son récit sur le modèle du précédent, alors qu’il aurait parfaitement pu le faire : Tintin aurait pu découvrir le trésor d’Atahualpa que l’on cherche toujours et l’exposer à Moulinsart à côté de celui de Rakham…Or ce trésor, Tintin est admis à le contempler mais jure qu’il n’en dira aucun mot hors du temple.

Tintin, même quand il semble chercher des trésors, est celui dont Michel Serres dira bien plus tard qu’il est un explorateur de la fraternité humaine. Sa première richesse est faite de rencontres.
Tintin rencontre donc Zorrino. Ce petit indien quechua est marchand d’oranges, un fruit bien présent au Pérou, mais dont la dimension symbolique ne peut être mise entre parenthèses, tellement l’œuvre d’Hergé est riche de références.
Revenons donc à l’orange, on peut émettre l’hypothèse que l’orange s’était imposé comme substitut de l’or, impossible à « rendre » par du jaune pur. L’orange qui procède de l’union entre l’or du ciel et le rouge de la chair symbolisait pour les philosophes de jadis la révélation de l’amour divin à l’âme humaine comme cela a été dit au sujet des œuvres de Vinci ou de Raphaël. Enfin, parce que c’est une couleur mélangée, elle a symbolisé la luxure, la dissimulation, la trahison… Quelle ambivalence !
Que peut nous révéler, au-delà, l’album de Tintin? La couleur orange, depuis la rencontre de Tintin avec Zorrino dont le nom signifie le petit renard, court sous maintes variantes (car il n’y a qu’un jaune et qu’un rouge, mais il y a mille nuances d’orange) et d’un bout à l’autre du récit de la lente approche par les héros du temple du Soleil et de son or. Dans ce récit, l’or-ange entretient un lien mystérieux avec celui que l’on appelle le métal jaune. Les héros manqueront d’ailleurs de mourir sur le bûcher, en costume orange, pour avoir commis le crime de profaner l’or sacré.
S’ils évitent la mort, c’est que Tintin, explorateur, est aussi celui qui décrypte les messages : dans cet album comme dans bien d’autres c’est pour avoir su lire un petit bout de papier qu’il garde, contre une organisation, le contrôle de la situation. En prévoyant l’éclipse (le cygne noir a-t-on envie de dire), il fait voler en éclat l’ordre rigide et hautement centralisé de la société inca.

Ainsi l’éclipse de l’astre d’or sauve les hommes en orange.
Mais ce n’est pas tout : au début, Tintin a défendu le petit porteur d’oranges d’une brute qui le persécutait. Un indien qui le surveillait a été ému par la noblesse de l’étranger et lui a donné un talisman. Que Tintin donne à Zorrino quand celui-ci l’a mené au Temple du Soleil, et que finalement Zorrino brandit face à l’Inca.
Tout au long du récit court un objet presqu’invisible et innommé (ceci, quelque chose…) qui pend au bout d’une chaîne et qui fait chaîne lui-même.Le talisman qui sert à récompenser, ou à racheter, fonctionne comme une monnaie. C’en est peut-être une, marquée du signe de l’Inca. Tintin et Zorrino, en quelque sorte rendent à l’Inca ce qui est à l’Inca. 

Mais il y a une autre interprétation. Zorrino est lui-même un médiateur entre Tintin et l’Inca et à cet égard il n’est pas forcément anecdotique qu’il soit marchand d’oranges. Baudelaire suggère quelque part que la cuisine et la peinture ont beaucoup en commun, d’être des arts d’accommoder les matières. L’orange appartient aux deux mondes, nourriture et couleur. 
Sous les yeux de l’Inca, mais librement, il y a un traffic entre Zorrino (sorte d’ange qui semble prêt à tout, fût-ce à se battre et à donner sa vie) et Tintin, qui quitte le temple mais y laisse Zorrino.
L’or est éternel, il peut rester caché des siècles. Hergé a, fondamentalement, l’intuition que le vrai trésor c’est la vie et que la première dépense c’est le sacrifice. De l’argent, ne dit-on pas qu’il faut savoir le sacrifier? ne dit-on pas qu’on ne l’emporte pas dans la tombe? L’orange est la couleur qui marie le jaune et le rouge (l’or des idoles et le sang des sacrifices?).
Si Tintin s’en tire toujours et sauve ses amis, c’est qu’il réfléchit, qu’il risque et qu’il échange et enfin qu’il noue des liens…

Article inspiré par : http://blog.lavoiedubitcoin.info/post/Retour-a-Tintin

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