HERGÉ AVANT TINTIN : FLUP, NÉNESSE, POUSSETTE ET COCHONNET (1928)

Découvrez, en PDF, l’intégralité de ce récit, qui nous fait remonter aux sources mêmes de l’aventure hergéenne ! L’Extraordinaire Aventure de Flup, Nénesse, Poussette et Cochonnet représente en effet sa première contribution en bande dessinée dans le premier numéro du Petit Vingtième, le 31 octobre 1928.

Tout Hergé est dans cette œuvre éphémère. Le titre, d’abord : il s’agit de « l’extraordinaire aventure », comme sont extraordinaires les Aventures de Totor, C.P. des Hannetons que le jeune homme narre dans les pages du Boy-Scout, depuis 1925. Il s’agit d’en mettre plein la vue aux jeunes lecteurs du jeudi (jour de congé pour les écoliers de l’époque. Le fantastique, le féerique annoncent Popol et Virginie au Pays des Lapinos ; les garnements, qui se cachent derrière des enfants modèles, ont déjà une saveur de Exploits de Quick et Flupke ; la fascination pour l’aventure menée tambour battant, sur le mode feuilletonesque, c’est bien un des tremplins, avec Totor, d’un futur Tintin.

Et cependant, Flup, Nénesse, Poussette et Cochonnet ne sont pas entièrement de la plume d’Hergé puisque ce dernier illustre un scénario de Smettini, alias Armand De Smet, un journaliste sportif, qui se sent une plume d’auteur pour les enfants. On en est encore, comme pour Totor, au stade d’images soulignées d’un texte littéraire. Encore timides, les phylactères (à l’époque, on parle plutôt de ballons) apparaissent çà et là dans les dessins.

Hergé ne s’en cache pas : il reste plein d’admiration pour Alain Saint-Ogan et ses Zig et Puce, qui ont adopté la narration par les dialogues inscrits dans des sections de l’image. Estime-t-il que le public du Vingtième Siècle n’est pas prêt pour cette nouvelle façon de faire ? Ou lui-même hésite-t-il, alors que la bande dessinée ne représente pas son premier choix pour l’avenir de sa carrière d’illustrateur ?

Ne nous lançons pas dans les spéculations faciles et vaines. Smettini ne marquera pas l’histoire de la bande dessinée. Hergé ne s’est pas exprimé sur la nature de leur collaboration. Qui lançait les idées ? Qui les développait ? Quelle était la part d’improvisation laissée au jeune illustrateur (il est à l’aube de ses 20 ans) ? Se contentait-il d’illustrer un texte auquel il ne pouvait toucher ? Existait-il un plan préétabli ? Autant de questions susceptibles de n’éveiller que des suppositions.

Le texte sous illustration est de la main d’Hergé (il sera composé plus tard par les linotypistes du Vingtième Siècle), ce qui laisse supposer qu’il « l’améliorait », selon les fantaisies de son imagination. Tout comme il améliore les situations par le dessin : mimiques, cocasseries graphiques ne se retrouvent pas dans le texte.

Des influences, venues de la littérature pour la jeunesse, ont retenu l’attention de Smettini : la bande d’enfants, laissés à eux-mêmes et à leurs petites bêtises, joue dans la cour du Bon Petit Diable et des Malheurs de Sophie, sans oublier Quel Amour d’Enfant, de la comtesse de Ségur. C’est à la même époque que Trilby (Mme Bournazel) publie la série de romans autour du personnage central de Bibiche : la mièvrerie de ces textes et leur côté bienpensant présentent une filiation indéniable avec le texte de Smettini.

Poussette est d’ailleurs le nom de l’héroïne d’une série de courts romans tout à fait oubliés aujourd’hui, mais qui se vendait depuis 1924 dans les kiosques des gares, sous l’égide des Bonnes Soirées, navire amiral des jeunes Éditions Dupuis, à Marcinelle.

Note pour les Tintinophiles : Les personnages caricaturés sur l’illustration ci-dessus représentent des journalistes célèbres des années 1920, parmi eux Albert Londres, Joseph Kessel et Henri de Monfreid.

Le texte de cette publication est dû à Alain De Kuyssche

Pour lire l’histoire complète en PDF, cliquez sur l’image ci-dessous : 

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4 commentaires


  1. Bonjour, intéressant article sur les prémices de la carrière d’Hergé, une question quand même : vous dîtes que sont représentés sur une vignette : de Monfreid, Londres et Kessel… la date de création de la BD (1928 ?) semble bien lointaine pour qu’Hergé connaisse ces personnes… à moins que vous ayez une info…

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    1. Cher Philippe, êtes-vous vraiment un Tintinophile ? Car avant de poser votre question un tantinet perfide, vous auriez dû prendre au moins le temps et la peine de vérifier avant de dire des bêtises. Voici donc l’info que vous me demandez :
      Retenez bien la date de 1928 que vous mentionnez dans votre commentaire. Sachez qu’à cette date :
      – Henri de Monfreid était déjà installé à Djibouti et se livrait depuis 15 ans à ses trafics
      – Albert Londres a commencé sa carrière de journaliste en 1906 et en 22 ans il a eu le temps de se faire connaître
      – Quant à Joseph Kessel, son premier et célèbre roman : « L’Équipage » date de 1923. Mais sans doute que vous n’en connaissez pas l’existence
      Nul doute donc que Hergé avait eu le temps d’entendre parler de ces personnes, puisqu’il travaillait au sein d’un quotidien.
      Apprenez qu’à l’inverse de vous, je vérifie mes sources, ce qui m’évite de passer pour un imbécile.

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  2. Non, je ne suis pas un Tintinophile et je m’en porte bien d’ailleurs… ma question n’avait rien de perfide (Sapristi !) et je vous trouve pour le moins nerveux… pour ne dire plus.

    Je n’ai pas beaucoup le temps de rechercher en quelle année les premiers articles de Monfreid paraissent, mais je pense qu’ils sont plus tardifs, (c’est sans importance), ma question portait surtout sur l’identification faite (Londres, Kessel et Monfreid) à partir de cette vignette !

    Voilà pourquoi je demandais si vous aviez une info, il y avait en Belgique d’autres journalistes « aventuriers » qui pourraient tout autant être représentés sur cette vignette… Crouquet, Sexé…

    Le but de ma question était donc de m’informer sur le fait de savoir si oui ou non vous aviez des informations vous permettant d’affirmer que ces trois personnes sont Londres, Monfreid et Kessel… autre qu’un reconnaissance faciale !

    Je vais vous dire un secret, j’aimerai vraiment que cela soit eux !

    Merci de votre réponse, et on se détend…

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  3. Je vous sens tendu sur ce coup… je me trompe ?

    Rien de perfide dans ma question, mais je persiste dans mes réserves, à mon avis de Monfreid est en 1928 encore totalement inconnu en Europe… mais cela n’a aucune espèce d’importance. Je souhaitais surtout savoir (après avoir dit que votre article était intéressant !!!! Ca m’apprendra à être trop gentil !) comment vous aviez fait pour identifier les trois auteurs…

    Les caricatures sur la vignette sont relativement simples (pour ne pas dire simplistes…) et une identification formelle ne semble pas aisée… à moins que (et là est ma question) vous ayez des informations… d’autres reporters pourraient tout aussi bien être représentés… Sexé, Crouquet… dont les reportages correspondent plus avec l’histoire narrée dans la BD.

    Encore une fois, rien de perfide, juste un commentaire que je croyais sympathique…

    P.S : j’ai reçu un mail annonçant votre réponse, j’y avais répondu mais il semble qu’il se soit perdu dans les limbes de l’univers numérique, donc si vous le recevez n’y voyez aucune intention sournoise !

    Cool ! Mille sabords !

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