LES ORIGINES FAMILIALES DE HERGÉ : UN DÉBAT PARMI LES TINTINOPHILES

Il y aurait de fortes chances pour que le roi Leopold II soit le grand-père de Hergé, expliquait le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron. Ce secret de famille bien gardé n’a en réalité jamais été confirmé. Georges Remi n’a jamais su qui était son grand-père paternel et ce n’est pas faute d’avoir demandé.

Alexis Remi, le père de Hergé, en 1927

Serge Tisseron a publié, en 1985, avec Tintin chez le psychanalyste, un ouvrage qui s’est révélé prémonitoire. Il avait en effet démontré à partir d’une étude des aventures de Tintin que ces dernières contiennent le récit d’un secret auquel Hergé enfant a été confronté dans sa propre famille. Or, ce qui pouvait apparaître en 1985 pour une hypothèse d’auteur semble s’être trouvé confirmé en 1987 ! Hergé aurait bien été marqué, enfant, par le secret dont Serge Tisseron avait fait l’hypothèse selon laquelle le père de Hergé était né d’un géniteur inconnu et probablement très illustre, peut-être même le Roi des Belges de l’époque, Léopold II.

…Quand j’ai émis cette hypothèse, en 1981, on ne savait rien de la vie de Hergé. Tout cela aurait pu rester sans suite, mais des journalistes ont découvert, quelques années plus tard, que ce secret avait vraiment existé dans la famille de Hergé ! Son père, Alexis Remi, était, en effet, né de père inconnu, mais d’origine probablement illustre ! En plus, la réalité révélait grand nombre de rebondissements : le père de Hergé avait un frère jumeau, Léon, et tous deux – élevés au sein d’une modeste famille – avaient eu leurs études et leurs vêtements offerts par une comtesse vivant dans un véritable château ...

UN MARIAGE ARRANGÉ ?

Alexis et Léon se souviendront toute leur vie de la bonne Comtesse

La grand-mère de Hergé, Marie Dewigne, domestique chez la Comtesse Hélène Errembault de Dudzeele, a mis au monde le 1er octobre 1882, des jumeaux nés de père inconnu, (Alexis, le père de Hergé et Léon, son oncle) probablement noble (peut-être le roi des Belges lui-même car Léopold II avait pour habitude de coucher avec les servantes des familles nobles qu’il côtoyait, II faisait régulièrement la tournée des châteaux pour trousser les servantes, on peut donc imaginer que c’est ce qui est arrivé à Marie Dewign ) avec l’obligation de garder le silence.

Signalons que d’autres hypothèses émettent le fait que le géniteur ait appartenu à la famille de la comtesse chez laquelle sa grand-mère était domestique.

En contrepartie, la riche Madame de Dudzeele pourvoira à leur éducation. Grâce à elle, les petits iront à l’école jusqu’à 14 ans (à cette époque la scolarité n’était pas obligatoire), et ils seront habillés par ses soins comme des petits princes avec de très beaux habits, signe de leur ascendance illustre. Sans parler des promenades en calèche ni des visites régulières dans les Pâtisseries à la mode.

La Comtesse a même organisé, afin de dissimuler le caractère embarrassant de leur naissance, un mariage le 2 septembre 1893, (les enfants avaient donc 11 ans à l’époque) avec un certain Philippe Remi, ouvrier imprimeur de 23 ans. Il épouse donc Marie Dewigne, de 10 ans son aînée. Il reconnaît les enfants et devient – légalement du moins – leur père. Ceux-ci se nommeront désormais, non plus les jumeaux Dewigne, mais Remi. Tout porte à croire qu’il s’agit d’un mariage blanc organisé à l’initiative de la comtesse moyennant finances, afin de légitimer les enfants pour qu’ils ne soient plus considérés comme des bâtards.

A 14 ans, les jumeaux sont placés dans une fabrique de vêtements pour apprendre le métier de tailleur. Le 30 octobre 1901 Léonie Dewigne-Remi décède d’une péritonite à l’âge de 41 ans. Philippe Remi s’installe alors avec ses « fils » à Ixelles, commune proche de Bruxelles. Il se remariera et mourra en 1941. Hergé ne l’a jamais connu.

Selon Serge Tisseron, Hergé avait connaissance de cette zone d’ombre. Mais rien de plus. Quand il demandait à ses parents qui était son grand-père paternel, on lui faisait deux réponses, selon le moment : parfois on lui disait que c’était un homme de la plus haute importance, et qu’on ne pouvait pas lui dire son nom de peur que cette information lui monte à la tête ; et d’autres fois, on lui répondait que son grand père était juste un homme de passage, sans importance. Les deux réponses étaient vraies puisque l’une désignait le géniteur secret (Léopold II ?) et l’autre le père adoptif (Philippe Remi).

Les Dupond(t) incarnent Alexis et Léon, le père et l’oncle du dessinateur de son travail. Tous deux portaient la moustache et s’habillaient de manière identique. À chaque sortie, ils ne manquaient pas de porter un canotier ou un chapeau melon. Sans oublier une canne ou un parapluie

LA THÉORIE DE SERGE TISSERON

En lisant Tintin lorsqu’il était enfant, Serge Tisseron avoue s’être posé des questions : par exemple pourquoi Dupond et Dupont, qui sont deux jumeaux, n’ont pas le même nom de famille, pourquoi le Chevalier de Hadoque, ancêtre du Capitaine Haddock, cache son trésor en disant qu’il est dans l’île de la Licorne alors qu’il est au château de Moulinsart, etc… Resté sur ces questions, Serge Tisseron a grandi et s’est à nouveau penché sur l’œuvre de Hergé afin d’en percer le secret. J’ai commencé par le seul album qui contient le mot secret : Le Secret de la Licorne.

Un fils caché

Le parchemin apprenant que le Château de Moulinsart, dans lequel vit le Capitaine Haddock, a été cédé par le roi Louis XIV à son ancêtre François, Chevalier de Hadoque, est un élément important qui a amené Serge Tisseron à explorer la piste du père: Pourquoi le Roi Louis XIV, qui méprisait les nobles, aurait-il fait don d’un château à ce noble et pourquoi aurait-il écrit à notre cher et aimé François Chevalier de Hadoque sur ce parchemin. L’ancêtre du Capitaine Hadoque ne pouvait être qu’un proche du roi, un frère, un fils caché.

QUI EST SERGE TISSERON ?

C’est un homme de plusieurs vies : longtemps chroniqueur de l’émission Arrêt sur images, sur France 5, Serge Tisseron est un observateur attentif de tout ce que diffusent nos écrans (téléviseurs, ordinateurs, consoles de jeu), ainsi qu’un spécialiste des rapports complexes qu’entretiennent les enfants avec ces médias de l’image. C’est aussi un amoureux de la BD (lui-même scénariste et dessinateur).

POUR EN SAVOIR PLUS :

Tintin et le secret d’Hergé de Serge Tisseron, paru en 1993 aux Presses de la Cité et réédité en 2009

Avant Tintin – Dialogue sur Hergé de Hervé Springael paru en 1987

Hergé, portrait biographique de Thierry Smolderen et Pierre Sterckx paru en 1988

Hergé, Lignes de vie de Philippe Goddin paru en 2007

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