L’ABBÉ WALLEZ : CELUI QUI A VRAIMENT FAIT HERGÉ

 

L’abbé Wallez a eu sur moi une énorme influence, Il m’a fait prendre conscience de moi-même. Il m’a fait voir en moi déclarait Hergé

Né en 1882, l’abbé Norbert Wallez (prononcer “Ouallé”) est d’abord étudiant à l’Université catholique de Louvain, ordonné en 1906, il travaille comme enseignant, mais la Première Guerre mondiale interrompt sa carrière. Pour l’abbé Wallez, le journalisme politique est une deuxième vocation. Il publie des articles politiques dès 1916. Séduit par le fascisme italien après une rencontre avec Mussolini en 1923, il utilise le quotidien catholique Le XXe siècle qu’il dirige de 1924 à 1933 pour propager ses idées nationalistes et ultraconservatrices.

Il enseigne après la guerre au séminaire de Bonne-Espérance et à l’école supérieure de commerce de Mons. En 1924, sur l’ordre du Cardinal Mercier, il assume la direction du quotidien catholique conservateur Le Vingtième Siècle, influencé par Charles Maurras.

Le siège du XXéme Siècle à l’époque

Cultivé et non conformiste, très grand, assez fort, nationaliste, le verbe haut et les gestes abondants, ardent et emporté comme un tribun, Wallez est un “curé de choc” et il en impose. Léon Degrelle qui avait été journaliste aux XXéme siècle décrivait l’abbé ainsi : puissant comme un bahut normand. Il était fondamentalement débonnaire, L’abbé Wallez était un dénicheur d’hommes. Il avait rapidement repéré, à travers ce scout timide, un garçon qui pouvait être valable.

C’est un polémiste violent. A lui seul il représente le sabre et le goupillon contre la faucille et le marteau. Catholique ultra, admirateur de Mussolini (qu’il a rencontré lors d’un séjour en Italie en 1923), il est l’ennemi des juifs, des bolchéviques, des francs-maçons et de la démocratie parlementaire.

Véritable spécialiste du “marketing” avant l’heure et soucieux d’accroître l’audience du quotidien “Le XXéme Siècle”, l’abbé Wallez a une idée de génie : il décide de transformer certaines des rubriques régulières du journal en suppléments hebdomadaires autonomes, qui sont constitués de quatre pages du journal à détacher, à plier et à découper.

C’est ainsi qu’apparaîtront :

  • – chaque jeudi “Le Petit Vingtième” destiné à la jeunesse,
  • – chaque lundi “Votre Vingtième Madame” qui s’adresse spécifiquement aux femmes et traite des sujets de mode
  • – et chaque dimanche un supplément “culturel” qui prend le nom du “XXéme Littéraire et Artistique”.

 

Le premier numéro du Petit Vingtième, le 1er novembre 1928

Pour illustrer tous ces suppléments, il fait appel à un jeune dessinateur qui travaille déjà au “XXeme Siècle” et qui commence déjà à se faire un petit nom dans les revues scoutes et dans celles de la jeunesse Catholique : Hergé.

Hergé dans son bureau au Petit Vingtième

C’est lui qui confie à Hergé le poste de rédacteur en chef du “Petit Vingtième”, le supplément hebdomadaire pour la jeunesse. Il l’incite à créer un héros : Tintin et décide l’envoyer chez les Soviets.C’est lui qui aura aussi l’idée d’éditer en album “Tintin chez les Soviets”.

Sa position à la tête du journal commence à vaciller au moment de la publication d’un éditorial dans lequel il s’élève contre les défectuosités du canal Albert inauguré en 1930. Son article fait scandale et précipitera son départ en 1933. Il est alors déchargé de son poste de directeur et nommé conservateur des ruines de l’Abbaye d’Aulne. 

Après la victoire allemande de 1940 et l’Occupation il reprend sa plume et soutient Léon Degrelle. Ses opinions antisémites et anticommunistes le rapprochent de l’Allemagne nazie. Lors de conférences organisées par la Communauté Culturelle Wallonne (CCW), organisme pro-allemand, il tente de convaincre de l’origine germanique des Wallons.

©CegeSoma : L’Abbé Wallez au cours de sa conférence donnée aux Beaux-Arts le 27 mai 1942 sur le sujet « Dons et Torts des Wallons ».

Tous ces éléments combinés, ainsi que ses nombreux sermons et prises de position publiques en faveur de la collaboration avec l’Allemagne, conduiront inéluctablement à son arrestation après la Libération, le 4 septembre 1944. Son procès devant le conseil de guerre de Tournai débute le 28 mai 1947 pour s’achever le 13 juin 1947. Il est condamné à 4 ans dans un premier temps, puis à 5 ans après avoir fait appel. L’abbé Wallez purge sa peine à la prison de Namur puis à celle de Saint-Gilles, tandis que sa santé se dégrade progressivement. Il sera libéré prématurément pour raisons de santé et accueilli au Beau Vallon, à Saint-Servais, par les Soeurs de la Charité de Gand. Il y décèdera le 25 décembre 1952.

Profondément marqué par l’abbé Wallez, Hergé se soustraira progressivement à son emprise idéologique mais continuera à lui vouer une amitié indéfectible jusqu’à la mort de ce dernier en 1952.

Hergé et l’Abbé Wallez en 1949

 

 

 

 

 

 

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