TINTIN : DÉCOUVREZ LE PETIT VINGTIÈME (1929 – 1940

C’est à 18 ans seulement, à l’automne 1925, que Georges Remi entre dans la “vie active”. Il y débute modestement comme “employé au services des abonnements” au journal “Le Vingtième Siècle”, grand quotidien catholique belge engagé. Il s’y s’occupe, à l’aide d’une plume sergent-major, des relevés d’abonnement pour le journal, travail de bureaucrate par excellence (portait-il des manches de lustrine…?) qui lui est particulièrement pénible.

HERGÉ À LA TÊTE D’UN JOURNAL À 21 ANS !

En août 1926, il part effectuer son service militaire. De retour au “Vingtième Siècle” le 22 août 1927, il est nommé reporter-photographe et dessinateur par le Directeur, l’Abbé Wallez (en belge on prononce Oualé) auquel ses talents de dessinateur n’ont pas échappés. Il n’a que 20 ans !

L’Abbé Norbert Wallez, soucieux d’élargir l’audience du journal, a l’idée, audacieuse pour l’époque, de lancer un supplément pour la jeunesse, qu’il baptise “Le Petit Vingtième”, paraissant chaque jeudi (jour de congé des écoliers en ces temps lointains), inséré à l’intérieur du quotidien, et destiné aux enfants. Il en confie l’entière responsabilité à Hergé. Le premier numéro sort le jeudi 1er novembre 1928. Il est composé de 4 pages du journal à plier.

Hergé, ne dispose d’aucun moyen pour promouvoir et réaliser “Le Petit Vingtième”. Il travaille dans un tout petit bureau, situé à l’entresol, près d’un escalier de service.

Il n’a personne pour l’aider, ne dispose pas de budget et manque cruellement de temps. En effet il continue par ailleurs à réaliser de nombreux dessins pour illustrer le quotidien et son supplément littéraire “Le Vingtième Siècle artistique et Littéraire” (illustrations de contes, portraits historiques, architecture, frises décoratives, culs de lampe, etc.). Il réalise aussi des dessins pour “Le Boy Scout Belge” et continue à dessiner des couvertures de livres.

IL Y A 88 ANS, LA NAISSANCE DE TINTIN REPORTER…

Après avoir illustré pendant 10 semaines une histoire écrite par un rédacteur sportif du nom d’Armand De Smet (L’extraordinaire aventure de Flup, Nénesse, Poussette et Cochonnet), Hergé crée, le 10 janvier 1929, son propre personnage : Tintin, et l’envoie, sur les conseils de l’abbé Wallez (qui ne portait pas les “Bolcheviks” dans son cœur… loin de là), au pays des Soviets. C’est là que l’aventure véritable du “Petit Vingtième” commence vraiment ainsi que celle de Tintin !

C’est le jeudi 1er mai 1930, que s’achèvent dans le “Petit Vingtième” les “Aventures de Tintin reporter au Petit Vingtième au pays des Soviets”. Pour fêter l’événement l’Abbé Wallez, toujours en avance sur son temps a l’idée d’organiser la semaine suivante, le jeudi 8 mai, une manifestation de masse. Un faux-vrai retour de Tintin à la Gare du Nord de Bruxelles avec un vrai-faux Tintin en chair et en os, et de convier les jeunes lecteurs à accueillir dignement leur héros. Le succès de l’opération est fantastique. Une foule considérable de “Petits Vingtièmistes” est là, sur le terre-plein face à la gare et raccompagne triomphalement le vrai-faux Tintin au siège du “Vingtième Siècle” qui va même jusqu’à prononcer un discours du balcon. Désormais, Tintin est “lancé” et l’Abbé va tout mettre en œuvre pour que ça continue : en donnant une suite aux aventures du jeune reporter et en décidant de publier un album.

Dès le 5 juin est annoncée dans les pages du quotidien la sortie imminente de l’album. On y lit :

“Les aventures du fameux reporter paraîtront sous peu en un album magnifique. Les cinq cents premiers souscripteurs recevront un exemplaire avec autographe de Tintin et autographe de Milou”.

Les demandes affluent très vite. Mais les choses traînent. L’album, dont la sortie était prévue à la fin juin pour le Salon de l’Enfant, n’est pas prêt. Au milieu du mois d’août on demande aux souscripteurs de patienter encore un peu sous prétexte que “la fourniture d’une partie du papier de luxe nécessaire à l’édition n’ayant pas été conforme à la fourniture des autres parties, l’impression de l’album est retardée de quelques jours”. Finalement, le fameux album, sortira au début septembre. Il fera une apparition remarquée sur le stand du XXe siècle”, lors de l’Exposition de la Presse Catholique.

Dans les jours qui précèdent Hergé fut sérieusement mis à contribution par l’Abbé Wallez. Ce dernier, comme annoncé, avait fait numéroter à la machine à tamponner les 500 premiers exemplaires sortis des presses de l’imprimerie Ceuterik à Louvain. Pour les autographes il demanda à sa propre secrétaire (Germaine Kieckens) et à Hergé de signer. Hergé devait signer Tintin, quant à Germaine, elle devait signer Milou de la main gauche. L’opération (il y a dû avoir plusieurs séances), se tenait dans le bureau de l’Abbé Wallez, qui s’était réservé le numéro 1 et qui avait offert à Germaine le numéro 144 (j’ignore le numéro qui fut attribué à Hergé).

À partir du mois d’avril 1929, Hergé, qui souhaite pouvoir se décharger des travaux les plus fastidieux (encrage des aplats, couper, coller…) obtient enfin de l’abbé Wallez un collaborateur : Eugène Van Nijverseel, qui prendra le pseudonyme d’Evany. Ce dernier sera plus tard à la fin des années 40 à nouveau collaborateur d’Hergé au “Journal Tintin” et travaillera beaucoup avec un autre grand de la bande dessinée belge : E.P. Jacobs.

UN SUCCÈS GRANDISSANT

Le 28 juillet 1930, le “Petit Vingtième”, devant le succès rencontré, était passé de 8 à 16 pages avec l’arrivée de 2 nouveaux personnages (Quick et Flupke) et l’apparition d’une rubrique féminine tenue par une certaine “Tantine” qui n’était autre que Germaine Kieckens, laquelle deviendra en 1932 l’épouse et la collaboratrice de Hergé.

Un nouveau collaborateur fera son entrée au mois de mars 1930 : Paul Jamin (alias Jam) qui restera avec Hergé au “Petit Vingtième” jusqu’en février 1936. On lui doit d’innombrables illustrations et de nombreuses couvertures. C’est lui qui rédigera chaque semaine l’éditorial sous le nom de plume de “Oncle Jo”. Surtout, il animera avec enthousiasme la rubrique “Le Mystère Tintin”, dans laquelle les jeunes lecteurs sont invités à imaginer la suite de l’aventure en cours de publication (l’interactivité, déjà !…). En 1936, Jamin quittera le Petit Vingtième pour devenir le rédacteur en chef et le dessinateur de l’hebdomadaire politique satirique “Rex”, dirigé par Léon Dregrelle. En 1940, Jamin retrouvera Hergé au quotidien “Le Soir”. Il participera avec lui et Van Melkebeke au lancement du “Soir Jeunesse”. C’est sous leur pseudonyme commun de “Monsieur Triplesec” que furent signés les éditoriaux de ce supplément jeunesse. A son départ, Jamin sera remplacé par un autre dessinateur : Jean Vermeire qui signera de nombreux dessins et couvertures sous le pseudonyme de JIV.

Pratiquement chaque semaine, jusqu’au 9 mai 1940, (date de l’invasion de la Belgique par les troupes allemandes) “Le Petit Vingtième” publiera sur une double page les Aventures de Tintin en pré-publication. Successivement :

  • Tintin chez les Soviets du 10 janvier 1929 au 8 mai 1930
  • Tintin au Congo du 5 juin 1930 au 19 juin 1931
  • Tintin en Amérique du 3 septembre 1931 au 20 octobre 1932
  • Cigares du Pharaon du 8 décembre 1932 au 8 février 1934
  • Le Lotus Bleu du 9 août 1934  au 17 octobre 1935
  • L’Oreille Cassée du 5 décembre 1935 au 23 février 1937
  • L’Ile Noire du 15 avril 1937 au 16 juin 1938
  • Le Sceptre d’Ottokar du 4 août 1938 au 10 août 1939
  • l’Or Noir du 26 septembre 1939 au 9 mai 1940,

Cette dernière aventure sera interrompue le 9 mai 1940 pour cause d’invasion allemande de la Belgique. La dernière case représentait Tintin, dans le désert, sous la menace du fusil de Müller.

 

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