AUTOUR DE HERGÉ : PAUL JAMIN, ALIAS JAM (1911 – 1995)

Paul Jamin alias Jam fut l’un des tous premiers collaborateurs de Hergé, à l’époque du “Petit Vingtième” et du “Soir Jeunesse”.

Il est né le 11 août 1911 à Liège (Belgique). Fils d’un droguiste et d’une professeur de dessin, il fait ses études en France et en Belgique. Boy Scout, dessinateur et rédacteur, il signe Jamin ou J. ou Jam. Lui et Hergé se sont connus à l’Institut Saint-Boniface

Il dessine sa première BD complète en 1930/1931 : “La Belgique à travers les âges” dans le “Boy-scout belge”.

Paul Jamin caricaturé par Hergé dans un gag de Quick et Flupke

Au début du “Petit Vingtième” les couvertures étaient réalisées par Hergé et tout son premier collaborateur était Évany.

Lorsque ce dernier dû partir à l’armée, Hergé recruta Paul Jamin en mars 1930 qui resta avec lui jusqu’en 1936. Pendant 6 ans, son nom se retrouve en effet partout dans les pages du “Petit Vingtième” : il signait la rubrique “Ce qui se passe”, rédigeait “Le mot de l’Oncle Jo”, et de nombreux articles comme “Le Mystère Tintin”, sans parler des dizaines d’illustrations de contes et de nouvelles Il réalisa aussi de nombreuses couvertures (plus d’une vingtaine).

Il est apparu sur de nombreuses photos et fut parfois caricaturé par Hergé dans les Exploits de Quick et Flupke. 

On ne doit pas sous-estimer l’influence de Paul Jamin sur “Le Petit Vingtième”. Trop d’analystes de cette époque font l’équation entre cet encart destiné à la jeunesse et Hergé mais il ne faut pas oublier que ce fut Jamin qui patronna la naissance de Quick et Flupke et fut l’inspirateur de leurs innombrables gags. Il y a plus à dire encore à ce propos: au moins un biographe d’Hergé signale, en conclusion, que c’est grâce à Jamin que des personnages comme les Dupont/Dupond n’ont pas disparu des aventures de Tintin. Hergé voulait les supprimer mais Jamin a pu le convaincre de ne pas le faire.

Couverture réalisée par Jam
Jam dans les années 30
Caricature de Jam par Hergé

En 1936, Jamin décida de quitter Le Petit Vingtième pour suivre Léon Degrelle. Il devint l’illustrateur et le caricaturiste de l’organe de presse du parti rexiste : « Le Pays Réel ».

Bon élève de l’Abbé Wallez, Jamin n’était pas insensible au charme des idées de l’Ordre Nouveau. On ne s’étonnera pas, dès lors, qu’en 1936, il ait abandonné “Le Petit Vingtième” pour rejoindre “Le Pays Réel”, le journal de combat de Rex et de son leader flamboyant, Léon Degrelle. Jamin et Degrelle sont alors devenus amis pour la vie. Jamin publia dans “Le Pays Réel” quantité de caricatures sous le pseudonyme de “Jam”.

Précisons que Rex, à ce moment-là, était un jeune mouvement politique encore très proche de l’aile droite du “pilier catholique” et de l’Action catholique. Ce n’est que lorsque le Cardinal Van Roey estima que c’était péché de voter pour les listes de Rex que le mouvement bascula dans la marginalité (“Il essaie de me crosser” disait Degrelle).

Mais Jamin est toujours resté fidèle à Degrelle. Y compris lorsque ce dernier s’est rapproché de l’occupant allemand pendant la seconde guerre mondiale. Jamin appartenait aux cercles de l’Ordre Nouveau qui demeuraient “belgicains”. Jamin estimait, tout comme le Roi Léopold III et son entourage d’ailleurs, que le salut pouvait venir d’une nouvelle Europe sous domination allemande. Aux yeux de Jamin, il fallait essayer de tirer le meilleur profit de cette situation. “Jam” ne se contenta pas dès lors du seul “Pays réel” mais dessina aussi ses caricatures mordantes pour “Le Soir” (alors sous contrôle allemand), pour “Le Nouveau Journal” (de Robert Poulet) et pour le “Brüsseler Zeitung”. On n’insistera jamais assez sur le fait que les collaborateurs du “Nouveau Journal” de Poulet étaient convaincus qu’ils plaidaient pour une “politique d’accommodement” avec les nationaux-socialistes, avec l’approbation du Palais de Laeken.

C’est au quotidien Le Soir, alors sous contrôle de l’occupant allemand  qu’il retrouve Hergé en 1940 pour la réalisation du “Soir Jeunesse”. Jamin y signa entre autres les éditoriaux sous le nom de “Monsieur Triple Sec” et des articles sous le nom de Alfred Gérard.

Pendant la période de l’occupation, il réalisa aussi de nombreuses caricatures politiques en première page du quotidien “Le Soir”.

Après l’entrée des troupes anglaises dans Bruxelles en septembre 1944, Jamin fut arrêté et condamné à mort. Il échappa au peloton d’exécution mais ne fut libéré qu’en 1952. Il reprit une carrière de caricaturiste sous le pseudo d’”Alidor” dans les colonnes du journal satirique “Pan”. Les figures politiques qu’étaient Achiel Van Acker, Paul-Henri Spaak, Théo Lefebvre et Gaston Eyskens constituaient les principales têtes de Turc. “Alidor” commit aussi des dessins pour le “Standaard”, “De Vlaamse Linie” et “Trends”.

Paul Jamin continuait à manger le pain noir de l’amertume. Incivique, il avait perdu ses droits. « Incivique » : ce mot qu’il vivait comme un reniement lui imposait de travailler chaque jour pour vivre alors qu’il avait déjà plus de 80 ans. C’était sa punition, mais aussi la seule façon d’exister pour l’artiste qu’il était.

L’argument de la subsistance n’était pas un simple prétexte. Mais il n’expliquait pas tout. Paul Jamin aimait l’Allemagne et les Allemands. Il avait passé son enfance à Liège où les contacts avec l’autre côté de la frontière avaient été monnaie courante. Sa mère avait fait une partie de ses études outre-Rhin et le jeune Paul avait disait-il « toujours échappé à ces mensonges qui courent sur les Allemands ». L’armée belge vaincue en mai 40, les premiers soldats de la Wehrmacht étaient entrés sans violence dans Bruxelles ville ouverte. Et Jamin d’affirmer : « …On a été épatés quand on a vu ces types-là. Des espèces de Siegfried descendaient des camions. C’était formidable. C’était tout de même une très belle race d’homme, au point de vue européen. En face, les Français défendaient la ligne Maginot à coups de litrons de rouge et les Britanniques étaient représentés par des Ecossais courts sur pattes… ».

Peut-on rire de tout ? Paul Jamin a eu tout le temps de réfléchir à la question. Sa réponse : « Moi, je m’en fous. Je rigole de tout le monde. C’est pour ça que pendant la guerre, je n’ai pas hésité à me payer la tête des Anglo-Saxons ». Il ajoutait, goguenard : « »Je n’aurais pas pu me moquer d’Hitler. Il était très susceptible pour ça. Il aurait pu me faire des ennuis, même me retirer ma carte de tram ou quelque chose comme ça… »

A la Libération, l’auditeur militaire ne lui fera pas de cadeau. « Messieurs, mimait Paul Jamin dans sa fermette ardennaise en affectant des effets de manche, il a travaillé pour l’ennemi de toute son âme. Mais a-t-il une âme ? Noooon ! » « Moi, je n’avais jamais vu ce type auparavant. Comment pouvait-il dire que je n’avais pas d’âme ? »

La peine de mort prononcée, « ce sont les exécutions que l’on entend au petit matin dans la cour de la prison, le claquement des balles sur le mur, les longues journées à attendre que l’on vienne vous chercher. À la prison, on fusillait, mais on ne vous battait pas. C’est déjà ça. »

Heureusement pour Paul Jamin, la justice a des cas autrement lourds à traiter, le temps passe et les passions s’estompent. Sa sentence est commuée en prison à vie. En 1952, il sort de taule, fait un détour par l’Allemagne où il travaille, puis revient à Bruxelles pour croquer la vie politique belge à Pan qu’il ne quittera qu’avec l’arrivée de l’homme d’affaires Stéphane Jourdain en 1990.

À partir de ce moment, il travailla essentiellement pour l’hebdomadaire satirique Pan dont il devint l’inamovible caricaturiste, sous le pseudonyme ‘Alidor’.

La Libération vu par Jam
Une caricature de Jam dans Pan
Lors de l'affaire du Canal de Suez, Jam caricature les Aventures de Tintin

Il créa d’autre part en 1962, sous le pseudonyme d’Alfred Gérard, une bande dessinée dans le journal Spirou sous le titre de Ernest Lecrac.

Pour Spirou, il réalise 9 mini-récits, et la BD à suivre Le Vol du Bourdon ( en 1962 du n° 1252 au n° 1274).

Paul Jamin est décédé le 19 février 1995 à Ixelles (Belgique).

 

Ci-dessous une vidéo qui reprend les interventions de Paul Jamin dans le documentaire « Monsieur Hergé » réalisé en 1989 par Benoit Peeters

Cliquez au milieu de l'image pour lancer la vidéo
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