TINTIN : LE TRAUMATISANT RASCAR CAPAC

C’est dans Les 7 Boules de cristal, le treizième album des Aventures de Tintin, publié en 1948, que l’on rencontre Rascar Capac : « Celui-qui-déchaîne-le-feu-du-ciel ». Des membres de l’expédition ethnographique Sanders-Hardmuth ont ramené du Pérou la momie du roi Inca. Cet acte de profanation va jeter la malédiction sur les membres de l’expédition qui seront tour à tour victimes d’une étrange épidémie :

La momie s’appuie sur le rebord de la fenêtre, puis glisse une jambe à l’intérieur de la pièce. À cheval sur le chambranle, une mystérieuse boule de cristal en main, elle contemple de ses orbites vides Tintin, plongé dans un profond sommeil…

La scène éveille en vous une vague sensation d’angoisse ? C’est que, comme toute une génération d’enfants, le souvenir de Rascar Capac, la momie inca mise en scène par Hergé, nous a laissé un souvenir impérissable.

Dans une des scènes les plus marquantes de l’album, un éclair frappant la maison où résident les protagonistes produit une boule de foudre. Elle ne tarde pas à venir s’écraser sur la vitrine où la momie de Rascar Capac, en position fœtale, est exposée, non sans avoir tournoyé autour du pauvre professeur Tournesol :

La peau brune et desséchée de cette momie aux orbites vides, jetant des sorts à Tintin et à ses compagnons a beaucoup marqué les esprits des jeunes lecteurs. Hergé a laissé une trace indélébile, si ce n’est un traumatisme. Il se serait inspiré d’une momie inca ramenée du Pérou au XIXe siècle.

UNE VERITABLE MOMIE INCA

En réalité, si la momie adopte cette curieuse position accroupie, c’est parce qu’Hergé se serait inspiré d’une véritable momie inca. Au milieu du XIXe siècle, le Baron Jean-Baptiste Popelaire de Terloo voyage à travers le Chili et le Pérou, dont il ramène trois momies. Il cède l’une d’entre-elles au Musée du Cinquantenaire de Bruxelles.

Durant les années 1930, Hergé est voisin du Musée du cinquantenaire [devenu depuis le Musée d’Art et d’Histoire] et a l’habitude de venir fréquenter les salles et collections, relate Sergio Purini, conservateur des collections d’Amérique aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Belgique. C’est ainsi qu’il fait la connaissance d’une des momies péruviennes, que possède le musée, qui lui sert de source d’inspiration.

De cette momie, datée entre 1100 à 1450 après J.-C., on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’elle souffrait d’arthrose. Hergé en reprendra néanmoins la posture accroupie et la peau parcheminée pour dessiner les traits de Rascar Capac. Le nom, quant à lui, est à moitié emprunté aux empereurs incas comme Mayta Capac, Manco Capac ou encore Huayna Capac. Seul « Rascar » est une invention d’Hergé.

Autre explication problable : Il semblerait aussi que ce nom de Capac, ait été créé par Hergé en rapport avec le célèbre Égyptologue belge, le professeur Capart, très connu au plan mondial pour ses travaux en archéologie.

En novembre 2011, dans l’émission de France Inter :  « Le Salon noir », l’anthropologue Eric Crubézy s’était intéressé à la dimension archéologique de l’œuvre de Tintin et revenait rapidement sur le personnage de Rascar Capac :

C’était un personnage vénéré et c’est là qu’est la grande question que soulève cet album : le statut social de Rascar Capac n’est jamais élucidé. Une fois que Rascar Capac disparaît, que la foudre tombe sur lui, finalement on n’a jamais trop su qui était Rascar Capac. La seule chose qui reste c’est que c’était un personnage qui était tellement vénéré, tellement sacré, que prendre un élément lui appartenant relève du sacrilège.

À mon avis, le génie d’Hergé […], c’est qu’il a réellement mis le doigt sur un élément important qui est cette relation entre le cadavre, le corps séché ou momifié, et les archéologues. Je crois que c’est un point qui n’avait jamais été soulevé auparavant et c’est un point qui a été donc publié par Hergé sous forme de bande-dessinée en 1942 et dont on a commencé réellement à prendre date et commencé à s’apercevoir de l’ampleur que cela représentait uniquement dans les années 70 et 80. Et actuellement c’est un phénomène mondial, cet élément : « Faut-il fouiller des cadavres anciens ou pas ?

POURQUOI LA POSITION FŒTALE ?

Sans doute vous êtes-vous demandé : pourquoi Hergé avait, dans sa vitrine, représenté la momie de Rascar Capac en position fœtale ?

La momie est assise en hyper flexion, les genoux ramenés sur le corps, les bras repliés contre la poitrine et la mâchoire entre les poings. Hergé le savait-il ? Pourtant, cette position très particulière correspond à la réalité. En effet, le peuple andin croyait que la mort était une extension naturelle de la vie dans l’au-delà, et que le défunt continuait à vivre comme des entités spirituelles dans les corps momifiés.

Pour cette raison, ils ont cru que le corps intact du défunt devait être mis dans la même position que celle qu’il avait lors de sa naissance terrestre. Ils plaçaient les corps des défunts [momifiés en raison des conditions climatiques difficiles de l’altitude] dans des niches le long des murs des bâtiments (comme on le voit aujourd’hui dans les différents sites archéologiques des Andes) où ou dans les fossés creusés dans le sol, pour être en contact avec Pachamama, qui est la Mère Terre d’où nous venons tous, selon les croyances andines.

Quel âge avait-il ? Que mangeait-il ? De quoi est-il mort ? Autant de questions auxquelles vont tenter de répondre des chercheurs belges en braquant leurs instruments sur la momie péruvienne Rascar Capac, rendue célèbre par son apparition effrayante dans les aventures de Tintin. La chercheuse Caroline Tilleux et le conservateur des collections  Amérique du musée, Serge Lemaitre, ont décidé d’étudier en profondeur cette momie, ainsi que six de ses semblables également conservées dans le musée bruxellois.

Rascar Capac avait déjà fait l’objet d’un premier examen dans les années 1990, mais grâce aux nouvelles avancées technologiques en matière d’imagerie médicale, les chercheurs espèrent obtenir des informations plus précises sur la date de la mort, l’alimentation ou encore l’origine géographique des sept momies conservées dans la capitale belge.

Pour en savoir plus sur le scanner de Rascar Capac, cliquez au milieu de l’image

 

 

 

Partagez si ça vous a intéressé
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.