HERGÉ : CADEAU LE PDF DE DUPONT & DUPOND DÉTECTIVES (1943)

Dupont et Dupond, détectives est une série de 42 petites histoires publiées dans Le Soir du 24 septembre 1943 au 11 novembre 1943. Elle est écrite par Paul Kinnet et illustrée par Hergé.

Elle met en scène Dupond et Dupont, les deux policiers des Aventures de Tintin après leur aventure dans Le Trésor de Rackham le Rouge, alors qu’ils partent en vacances à la campagne. Un break nécessaire et facile à gérer qui doit permettre à Hergé de souffler un peu et de préparer ses 7 Boules de Cristal qui débuteront un mois plus tard, le 16 décembre 1943. Un exercice qui consistera donc à produire 40 illustrations individuelles créées comme de petits tableaux isolés et mettant en scène les fameux Dupond et Dupont au fil des semaines.

Laissons la parole à Paul Kinet, le scénariste :

« …Cette série, tout à fait exceptionnelle dans l’œuvre de Hergé, est née vers la mi-septembre 1943. Si j’ai bonne mémoire, c’était un début d’automne frisquet, car Hergé et moi savourions, dans un café de la rue Royale, un bouillon chaud plus réconfortant que la bibine à 0,8° qu’on nous infligeait à cette époque et qu’on appelait la « fluitjesbier ».

Le feuilleton quotidien d’Hergé dans « Le Soir » – c’était alors LE TRÉSOR DE RACKHAM LE ROUGE – était en train de se terminer et Hergé ne pouvait rien apporter d’autre pour le remplacer avant un bon mois. Il faut rappeler qu’à l’époque, il créait ses histoires au jour le jour. Les planches en noir et blanc étaient remises au Soir au fur et à mesure de la publication avant d’être remises en pages et en couleurs pour le prochain album de Casterman. Il faut rappeler aussi qu’il ne disposait pas en ce temps-là de toutes les ressources du Studio Hergé pour accélérer la production des aventures de Tintin. Il travaillait pratiquement seul, avec deux collaborateurs pour la mise au point de ses planches et le fignolage du scénario.

Une fois LE TRÉSOR DE RACKHAM LE ROUGE terminé, il lui faudrait un bon mois pour pouvoir fournir les premières planches du feuilleton suivant qui serait LES 7 BOULES DE CRISTAL. Un mois sans que paraissent les Aventures de Tintin ! Le secrétaire de rédaction s’arrachait les cheveux. Il y avait déjà eu un précédent fâcheux entre la fin du SECRET DE LA LICORNE et le début de RACKHAM LE ROUGE. On avait alors rempli ce blanc d’un mois par un autre feuilleton en images dont la médiocrité avait valu au journal une pluie de protestations de la part les lecteurs qui s’estimaient frustrés.

Pendant que nous nous brûlions la langue avec notre bouillon, je dis à Hergé : »Voyons, Georges, on ne peut pas paraître tout un mois sans les dessins d’Hergé. Ce serait un tollé général comme la dernière fois. »

– Mon vieux, me répondit-il, je ne peux pas entamer les 7 BOULES DE CRISTAL avant d’avoir mis au point mon album de RACKHAM LE ROUGE, et je n’ai rien d’autre dans mes cartons.

J’ai peut-être une idée, dis-je. Après tout, je suis auteur de romans policiers et je pourrais utiliser les Dupond-t comme détectives dans une de mes histoires. Prête-les-moi. Dans deux ou trois jours, je te passerai les premières pages de mon récit, déjà découpé pour la mise en page, et tu les illustreras. Ainsi, tu auras à fournir qu’un dessin par jour sans avoir à te préoccuper du scénario. Ça ne te prendra guère de temps, et ça résoudrait le problème.

– Oui… oui… dit-il. C’est peut-être une idée… Pour autant que ton récit me plaise.

J’y avais déjà songé depuis un jour ou deux, et j’avais un premier plan en tête. Je lui exposai brièvement la trame de mon histoire là, dans le bistrot où nous étions, et il me suggéra deux ou trois retouches. L’idée était acceptée, et les aventures de Dupont et Dupond, détectives, commencèrent à paraître le 23 septembre pour se poursuivre jusqu’au 11 novembre.

Plus tard, Hergé et moi, nous nous sommes perdus de vue. Nous évoluions désormais dans des cercles différents. Il m’arrivait néanmoins de le rencontrer et on se téléphonait parfois, rarement. Et puis, en 1978, j’ai obtenu le Prix du Roman d’Aventures pour mon roman VOIR BEAUBOURG ET MOURIR. Le hasard fit que je téléphonai deux ou trois jours plus tard à Hergé parce que mon fils, qui avait douze ans à l’époque, aurait aimé qu’Hergé lui dédicace un de ses albums de Tintin. Hergé profita de ce bref entretien pour me féliciter de mon prix.

– Quand on me le remettra la semaine prochaine, dis-je, je penserai à toi.

– À cause de notre éphémère collaboration ?

– Pas seulement. Surtout parce que Pierre Sabbagh me le remettra sur le perron du château de Cheverny.

– Sans blague ? C’est formidable. Après Dupont et Dupond, vais-je devoir te prêter le capitaine Haddock ?

Pour les non-initiés, cette conversation pourrait paraître surréaliste. Mais il faut savoir que le château de Cheverny, amputé de ses deux ailes, avait servi de modèle à Hergé pour le château de Moulinsart, devenu la demeure du désormais richissime capitaine. J’avoue que le jour de la remise du prix, dans la coïncidence de ce décor, j’ai instinctivement cherché du regard les silhouettes de Dupont et Dupond, de Tintin, du capitaine Haddock et du professeur Tournesol. »

 Cliquez sur l’image ci-dessous pour lire la BD 

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(68 pages, version noir et blanc Hergé d’origine et en plus la version couleurs)

Couverture réalisée par Yves Rodier

Un Chum international !

Yves Rodier, pour lequel j’ai une grande admiration et un profond respect, vit au Canada. Il a commencé à dessiner vers l’âge de 2 ans et demi en reproduisant les dessins des albums de Tintin et d’Astérix que son grand frère possédait. En 1987, après avoir découvert le recueil de croquis de Hergé pour la dernière aventure inachevée de Tintin (Tintin et l’Alph-Art), il décida de terminer cet album comme un vrai Tintin. Ce qui fut fait après cinq ans de travail acharné !

La Fondation Hergé a refusé à Rodier le droit de publier son travail mais il a pu ainsi, grâce à cet album, connaître et tisser des liens d’amitié avec Bob De Moor, François Walthéry, Jacques Martin, Greg et plusieurs autres. Son habileté à reproduire le style de Hergé et à faire vivre ses personnages avec beaucoup de respect pour l’œuvre originale a rendu Yves Rodier bien connu en Europe. Yves Rodier a continué longtemps à subir les foudres de la Fondation Hergé qui continue inlassablement de répéter que les personnages créés par Hergé ne pouvaient lui survivre, même sous forme d’hommage. Yves Rodier a gagné en 1996 le prix « Espoir Québécois » du Festival de Québec, pour entre autre les nombreux « Hommage à Hergé » qu’il a signés au fil des années (cartes de vœux, sérigraphies et illustrations diverses de Tintin).

Aujourd’hui Yves est devenu un auteur BD de grand talent bien éloigné de l’univers des pastiches de Tintin. Mais ses nombreuses années consacrées à rendre hommage à Hergé ont laissé aux tintinophiles une collection inoubliable. Mais attention Il n’est pas question ici de parodie. Il n’y a ni satire, ni caricature dans sa démarche et ses graphismes. L’objectif étant bien de se glisser dans la peau et l’esprit de Hergé dessinant Tintin.

Une autre très belle illustration de Yves Rodier

 

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