LE MYSTÉRIEUX CAHIER DE MONSIEUR FILOSELLE

Lorsqu’est publié le 6 janvier 1943 dans Le Soir le strip 167 du Secret de la Licorne, on découvre l’appartement de Monsieur Filoselle et plus particulièrement  son cahier dans lequel il colle les articles qu’il a découpés traitant des pickpockets :

Il faut dire que pendant la période troublée de l’occupation ces derniers se montraient très actifs, d’ailleurs Hergé s’en faisait l’écho dès la première case de l’aventure : 

Dans le strip publié dans Le Soir, on constate que sous chaque coupure de presse, le sieur Filoselle mentionnait l’origine de l’article : « Le Soir – 27/06/42 » par exemple : 

On remarque que dans la version couleurs actuelle, la mention du « Le Soir » a disparu. Sans doute Hergé a-t-il voulu gommer cette référence à son passé car le fait d’avoir publié les Aventures de Tintin dans un journal contrôlé par les Allemands lui a été très souvent reproché.

Comme on le constate sur la case ci-dessous, tout ce qui figure sous la coupure de presse a été supprimé. En revanche dans certaines éditions, seule la mention « Le Soir » a été supprimée et les dates sont restées : 

D’où ma question : Un collectionneur est-il en mesure de nous dire à partir de quand datent ces suppressions et si, dans la première version couleurs de l’album paru en octobre 1943 le texte était complet car à cette époque il n’y avait aucune raison de le supprimer.

EN SAVOIR PLUS SUR LE QUOTIDIEN LE SOIR

Le 28 mai 1940, la Belgique capitule devant l’Allemagne. Hergé se réfugie d’abord en France chez le dessinateur Marijac puis rentre à Bruxelles le 30 juin 1940. Son pays est occupé par les Allemands et tous les journaux, pour reparaître, doivent obtenir une autorisation de l’occupant. Elle est refusée au Vingtième Siècle et par conséquence à son supplément Le Petit Vingtième.

Léon Degrelle

Privé de Petit Vingtième, Hergé souhaite trouver un moyen pour continuer à publier Tintin. Il refuse cependant une proposition qui lui est faite par « Le Pays Réel », le journal de Léon Degrelle, pour animer un supplément pour enfants.

Je n’ai jamais adhéré, ni sentimentalement, ni de quelque manière, au Rexisme, que j’ai toujours eu en aversion.

Il ira même jusqu’à interdire à son épouse Germaine d’assister aux meetings de Léon Degrelle.

En revanche, le quotidien Le Soir, sous le contrôle de l’occupant, (Plus précisément de la Propaganda Abteilung car les allemands souhaitent « discrètement » contrôler le grand quotidien belge – 300 000 exemplaires chaque jour) est autorisé à continuer à paraître. Ce dernier, ouvertement germanophile, reparaît contre la volonté de ses propriétaires, d’où son surnom du “Soir Volé” (comme “volé à ses propriétaires »).

ANECDOTE SUR LES ORIGINES DU SOIR…

Ce journal est paru pour la première fois en décembre 1887, fondé par Émile Rossel. Particularité amusante, c’était au début un journal gratuit… Cette gratuité étant limitée aux habitants des rez-de-chaussée de Bruxelles. Et, toute personne qui habitait à un étage devait payer 0,60 franc par mois. Le financement du journal était assuré par la publicité, une idée neuve pour l’époque. L’agence Rossel fut d’ailleurs créée pour gérer les annonces. Le Soir se voulait un journal neutre, affirmant ne pas vouloir prendre position « dans les luttes qui irritent et divisent ».

Raymond de Becker

À la mi-juillet Hergé reçoit une proposition d’une de ses relations : Raymond de Becker qui vient d’être désigné par les Allemands Chef des Services Rédactionnels et Administratifs du Soir. Sa vision idéalisée du fascisme plaît aux Allemands qui lui donnent ainsi carte blanche Hergé connait bien Raymond de Becker, il l’a rencontré lorsqu’il livrait en 1927 des illustrations au bimensuel de la Jeunesse Indépendante Catholique Belge (La J.I.C) : « L’Effort »; Il illustrera même un ouvrage de de Becker : « Le Christ, Roi des Affaires » et un second en 1932 : « Pour un Ordre Nouveau » En 1939, Hergé acceptera aussi de dessiner le titre d’un journal (L’Ouest : un hebdomadaire neutraliste, relais des idées du Roi Léopold) lancé par de Becker.

Hergé accepte alors, à dater du 15 octobre 1940 la proposition du journal Le Soir, de créer un supplément jeunesse au quotidien.

Hergé, Paul Jamin (un de ses anciens assistants au Petit Vingtième) et le peintre Jacques Van Melkebeke (qui était responsable au sein du Soir de « la page de l’enfance ») décident alors de transformer la “page de l’enfance” qui paraissait chaque jeudi dans le quotidien en un supplément qui porte le nom du “Soir Jeunesse” et qui ressemble au “Petit Vingtième”.

Le premier numéro sort le 17 octobre 1940 avec la publication de la dixième aventure de Tintin : “Le Crabe aux Pinces d’Or” qui verra l’apparition d’un personnage qui ne sera jamais secondaire : le Capitaine Haddock !

Signalons que Hergé ne travaillait pas dans les locaux du journal, mais chez lui.

Ce supplément se présente en petits fascicules séparés.

Mais dès l’année 1941, le papier se fait rare…

En mai, le “Soir Jeunesse” n’occupe plus que 4 pages au lieu de 8 et le 23 septembre, la direction, par manque de papier, est contrainte de le supprimer.

Hergé doit poursuivre les aventures de Tintin dans l’édition quotidienne du Soir, non plus tous les jeudis mais chaque jour sous la forme d’une minuscule bande quotidienne de quelques cases, située à côté des cours de la Bourse.

À partir de cette période, Hergé est obligé de modifier sa façon de travailler (il doit désormais livrer 24 dessins par semaine au lieu de 12). Il en tire une nouvelle discipline de travail, tant au niveau du rythme, de la mise en place des gags, de l’art de tenir le lecteur en haleine, etc. C’est ainsi que paraîtront :

  • “L’Étoile Mystérieuse”,
  • “Le Secret de la Licorne”,
  • “Le Trésor de Rackham le Rouge”,
  • “Les 7 boules de Cristal”… dont la publication cessera brutalement le 3 septembre 1944 pour cause de libération de Bruxelles par les alliés.

Dans les jours qui suivent Le Soir change d’équipe rédactionnelle et le Haut Commandement Interallié interdit l’exercice de la profession à tous les journalistes ayant collaboré à la rédaction d’un journal pendant l’occupation. Hergé se retrouve donc à nouveau « au chômage »

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