HERGÉ TENAIT COMPTE DES DEMANDES DES ASSOCIATIONS DE DÉFENSE DES ANIMAUX

Il y a eu un sérieux changement lors de la publication de Tintin au Congo au moment où l’album allait être publié au Danemark et en Suède ; les éditeurs danois et suédois, sous la pression des groupes de défense des animaux ne pouvaient accepter que Tintin dynamite un rhinocéros à la page 56 de l’album : cela était intolérable ! Ils ont écrit une lettre à Hergé, disant que, dans son état actuel, l’album ne pouvait être publié ainsi.

Hergé a répondu qu’il reconsidérerait toute la page en exclusivité pour l’édition danoise et suédoise. Secondé par son collaborateur Bob De Moor, le père de Tintin a dessiné une nouvelle version dans laquelle le rhinocéros survivait à sa rencontre avec le petit reporter. Cette page est tout à fait unique car c’est la toute dernière page complète en couleur que Hergé ait eu le temps d’achever avant sa mort. La version danoise a été publiée en 1975 et la version suédoise en 1978.

Dans Tintin au Congo, Tintin n’hésite pas à chasser la faune locale. Éléphants visés en pleine tête, singe dépecé, serpent éventré, troupeau d’antilopes exterminé, etc. Le reporter réalise un véritable carnage. Seules les girafes qui font l’objet d’un film documentaire seront épargnées. Mais la séquence la plus surprenante est celle du rhinocéros explosé à la dynamite ! Certes, la prise de conscience quant à la protection des espèces était faible dans les années trente. Mais le passage d’un rhinocéros explosé à la dynamite posa problème en 1975 à l’éditeur scandinave en charge de diffuser la bande dessinée. Hergé dut donc produire une nouvelle version de cette partie, où la bête s’enfuit.

Dans l’émission « 30 millions d’amis » diffusée sur TF1 le 29 juillet 1978, Hergé reconnaîssait avoir maltraité les animaux dans l’aventure africaine de Tintin. Cependant il cherche à fuir sa responsabilité en accusant l’époque. Selon lui, au moment où il réalise les planches, les récits de la vie africaine sont peuplés de chasses extraordinaires.

Les animaux chassés pour leur prestige, comme le lion, l’éléphant, ou le rhinocéros, ont vocation à devenir des trophées. L’ivoire des défenses de l’éléphant, la peau du lion ou la tête du rhinocéros deviennent des objets qui intègrent le mobilier de style colonial du bourgeois européen revenu en métropole, comme on peut le voir chez Marc Charlet, l’un des membres de l’expédition revenu du Pérou dans l’album Les 7 boules de cristal (p.19), en 1948.

VERSION NOIR ET BLANC ET PREMIÈRE VERSION COULEURS

Dans le but de faire un joli tableau de chasse de ce rhinocéros dont le cuir résiste aux balles de sa carabine, Tintin va chercher une chignole, de la dynamite, un cordon (rien que cela en pleine brousse!). Il monte dans un arbre, introduit l’explosif dans le trou qu’il a percé avec sa chignole dans la carapace de l’animal et… le fait exploser en regrettant tout de même d’avoir mis une dose un peu trop puissante!

VERSION SUÉDOISE

Plus de chasse au gros animaux dans cette version, le rhinoceros s’approche un peu trop près de Tintin assoupi. Il accroche avec sa corne la carabine de Tintin et en se débattant pour s’en débarrasser, la fait tomber au sol. Le coup part qui manque d’atteindre Tintin et, affolé, l’animal fuit.

Voici la traduction :

PREMIER STRIP :

  • TINTIN : Bien travaillé ! Cela nous fera un superbe documentaire. N’est-ce pas, Milou ?
  • MILOU : Possible, en effet. Mais je me sens maintenant un peu fatigué…
  • TINTIN : C’est vrai ? Nous serons très bien ici pour faire une petite pause.

TROISIÈME STRIP :

  • TINTIN : Il est vraiment myope, ce rhinocéros, pour ne pas m’avoir vu !

QUATRIÈME STRIP

  • MILOU : Bien possible qu’il soit myope, en effet. Mais il court surtout très bien, ce charmant petit animal !
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