UN PEU D’OBJECTIVITÉ : RENDONS JUSTICE A L’ÉLÉGANCE DU CAPITAINE

L’homme a du goût et ce n’est pas un hasard. Il le tient d’Hergé (dont l’élégance vestimentaire était reconnue) qui, dans chacun de ses albums, s’est toujours montré très soucieux du détail des vêtements qui habillent ses personnages : Nestor, arborant classiquement des rayures, un des frères Loiseau en redingote et lavallière à l’ancienne, Séraphin Lampion et son costume indigo à col pointe, Rastapopoulos en smoking blanc… Sans parler des vêtements de la Castafiore. Autant de tenues très étudiées qui en disent long sur ceux qui les portent…

Hergé prêta, nous dit Benoît Peeters, « une éternelle attention aux vêtements » L’origine de cette préoccupation remonte à son enfance : son père était l’employé d’un atelier de confection spécialisé dans les vêtements pour garçonnets et jeunes gens ; sa mère exerça jusqu’à son mariage la profession d’ouvrière tailleuse. C’est elle qui lui confectionna ses premiers costumes. Grâce à elle, il pouvait porter beau. Son élégance frappa dès leur première rencontre Germaine Kieckens, sa future femme, ou Paul Jamin, son assistant au Petit Vingtième.

Hergé et son épouse Germaine au milieu des années 30
Hergé et Germaine, novembre 59 (Phot. Denise et Georges Remi)

HADDOCK : UN HOMME ÉLÉGANT

Voilà qui peut surprendre et pourtant, parcourir les albums de Tintin permet bien d’aboutir à cette conclusion. Lorsque le Capitaine nous est présenté pour la première fois par Hergé, en 1941, rien ne laisse présager qu’il va devenir un châtelain à monocle. On le découvre dans Le Crabe aux Pinces d’Or avec sa casquette, vêtu d’un simple costume marine et d’un pull-over bleu roi avec une ancre brodée. Puis tout commence à changer avec l’achat de Moulinsart.

À la fin du Trésor de Rackham le Rouge, Haddock porte, pour l’inauguration de l’exposition consacrée aux souvenirs de La Licorne, le grand croisé de capitaine de la marine marchande, avec chemise à col dur et papillon noir.

Voyez également dans L’Affaire Tournesol, lorsqu’il est au château: sa garde-robe se compose d’un pantalon gris, d’une veste de tweed marron et d’un gilet à carreaux tattersall… dans un style parfaitement gentleman-farmer à la Philippe Noiret !

Dans Les Bijoux de la Castafiore, il pousse même l’élégance jusqu’à choisir un blazer croisé et une cravate club. On ne fait pas plus actuel! Souvenez-vous aussi de son manteau à col de fourrure, de sa culotte de cheval, de son smoking…

Sans parler, dans Tintin et les Picaros, de sa superbe robe de chambre rouge aux grands motifs d’ancre sublimant un pyjama de satin jaune…

Source :  LA CHRONIQUE DE JULIEN SCAVINI – LE FIGARO

Le châtelain de Moulinsart… Dans l’aventure des 7 boules de cristal , notre cher Capitaine Haddock  passe l’habit de châtelain. Veste de tweed, écharpe de soie, bottes de cheval, gants « beurre frais » cravache et monocle…

Dans l’aventure des 7 boules de cristal  notre cher Capitaine enfile une tenue particulièrement élégante pour se rendre au spectacle du Music Hall – Palace. Fasciné par Bruno, l’illusionniste, Haddock met tous les soirs son smoking pour assister au changement de l’eau en vin. 

Depuis qu’il est à Moulinsart, le Capitaine a cru bon de modifier son allure, L’aventurier a laissé la place  au « gentleman », qui essaie de se couleur dans un costume d’aristocrate. Même sa coiffure a changé, finis les cheveux en bataille du Crabe aux Pinces d’Or, désormais c’est une raie parfaite qui les sépare.

Pour se rendre au Music-Hall Palace, Haddock sacrifie à l’usage qui est de s’habiller d’une tenue élégante pour se rendre au théâtre. Pas question de rester (comme Tintin) en tenue de ville. La mode de l’époque consistait à arborer une tenue de soirée : smoking avec nœud papillon noir.

Les porteurs de Monocle sont nombreux dans les aventures de Tintin. Le monocle symbolisait la richesse et l’aristocratie. Ici, le Capitaine succombe à la mode et le garde pour se rendre au théâtre.

L’ORIGINE DU SUCCÈS DU MONOCLE

Le monocle a connu un succès fulgurant pour une raison toute simple : dans l’armée les lunettes étaient interdites aux officiers supérieurs. Les « binoclards » ne pouvant accéder à ce rang, un officier britannique eut l’idée de contourner l’interdiction grâce au port du monocle ((il ne s’agissait pas de lunettes !). Dans La Grande illusion, Jean Renoir en fait porter un au capitaine (puis commandant) Von Rauffenstein – joué par Eric Von Stroheim – et un autre au capitaine de Boëldieu – joué par Pierre Fresnay. Cet accessoire signe aussi l’origine aristocratique de ces deux militaires, au même titre que leurs gants blancs

QUEL RAPPORT Y-A-T-IL ENTRE LE SMOKING ET LE FAIT DE FUMER ?

Une veste pour fumer

Lors de la guerre de Crimée amenant les grandes puissances du monde à s’affronter, les soldats anglais positionnés en Turquie durant trois ans (de 1853 à 1856), prirent l’habiudede fumer, démocratisant ainsi cet acte à leur retour au pays grâce à un import de tabac turc accru. Il était alors devenu d’usage d’enfiler après le dîner une sorte de robe de chambre courte faite de velours, de cachemire, de laine ou de flanelle doublée de couleurs vives avec une petit couvre-chef et des pantoufles à l’inspiration orientale. La plupart du temps en communauté, les hommes se changeaient pour mettre leur veste particulière et se rendre dans le fumoir ensemble, s’allumer un cigare, une pipe ou autre et parler politique en dégustant un verre d’eau-de-vie. Le port de la veste permettait alors de protéger leurs vêtements de la cendre et des odeurs. Ils la retiraient ensuite pour rejoindre leur femme. C’est alors que cette pièce prit son nom définitif de « smoking jacket ».

La smoking jacket d’Edouard VII

Cette coutume perdura jusqu’en 1910. L’histoire raconte que Edouard VII chérissait tant ce vêtement qu’il demanda aux tailleurs Henry Poole & Co de Savile Row la commande spéciale d’une smoking jacket légèrement modifiée. Le futur roi fit ainsi faire une veste moins encombrante que la traditionnelle queue-de-pie portée habituellement au repas. Faite de soie bleue, elle aurait quasiment les mêmes attributs que sa smoking jacket bien aimée mais plus de tenue et une boutonnière simple. Ce fut désormais la tenue qu’il se mit à porter à table et lors de ses activités de détente. A priori, lors d’un voyage Outre-Atlantique, alors invité au bal organisé dans la maison de James Brown Potter, un millionnaire local vivant dans la banlieue de New-York, le prince vint dans son habit informel favori. On prête alors ces origines au nom que les américains donnent à la veste de smoking. Au final, fumer était devenu si populaire que toute une ligne de vêtements dérivés de la smoking jacket originale fut destinée à cette pratique : jaquettes, vestes de dîner, vestes de soirée, vestes de costume, redingotes, vestes queue-de-pie, etc.

La veste de smoking dans l’après-guerre

C’est à partir des années 1930 aux Etats-Unis qu’il commença à prendre la forme sous laquelle on le connait aujourd’hui, celle d’un ensemble que l’on porte pour les grandes occasions. Jusqu’après la Seconde Guerre Mondiale, les vêtements pour fumeur rentrèrent dans le rang au point que les hommes ne s’habillaient plus spécialement pour fumer tant la pratique faisait désormais partie intégrante de leur vie courante. Son port devint alors plus exceptionnel, mais le smoking était devenu plus qu’un vêtement d’intérieur et son évolution l’avait élevé au statut d’élégance masculine ultime. Ses plus illustres adeptes de l’époque : Dean Martin, Cary Grant, Franck Sinatra, ou encore Fred Astaire portaient aussi bien le smoking dans son sens premier du terme en privé, que sa déclinaison en public.

La veste de smoking aujourd’hui

Le temps a passé et le smoking est devenu un vêtement que l’homme ne porte que rarement lors de mondanités en tous genres : dîners importants, soirées de gala, sorties nécessitant une tenue de soirée, etc.

Extrait d’un texte de Romano Garagerocker, publié sur son blog consacré à l’élégance masculine :https://www.commeuncamion.com/2015/12/23/lhistoire-du-smoking/

Extrait de la revue des Amis de Hergé de Juin 1994

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