AVENTURE LUNAIRE : L’HOMMAGE DE HERGÉ A ALEXANDRE ANANOFF

Avant de lancer ses personnages vers la Lune, Hergé s’est comme à l’accoutumée procuré toute une documentation spécifique et a même suspendu son projet durant quelques années, tant qu’il ne fut pas convaincu par la vraisemblance du récit. Un livre découvert sur le tard figure parmi ceux qui ont le plus enthousiasmé et servi le dessinateur : L’Astronautique, d’Alexandre Ananoff, un pionnier du voyage spatial en France.

Alexandre Ananoff fut, dès les années trente, le grand spécialiste français de la navigation interplanétaire. Pur autodidacte d’origine géorgienne, arrivé à Paris, en 1921, à l’âge de 11 ans, il va rapidement se passionner pour l’astronomie après avoir découvert par hasard en 1927 un texte du savant russe Konstantin Tsiolkovski sur les fusées.

Il devient insatiable. Il réunit une documentation technique unique en son genre pour l’époque. Il correspond avec les spécialistes du monde entier. Il publie des articles, il donne des conférences, il organise des expositions. Il éditera même une revue, dans les années quarante…En mars 1950, 7 ans avant le lancement du premier Spoutnik, les éditions Fayard publient son livre « L’astronautique » qui va devenir un « classique » reconnu par la communauté scientifique

C’est Albert Weinberg , le créateur de Dan Cooper, qui recommande l’ouvrage à Hergé.

Hergé découvre cet ouvrage alors qu’il va commencer la nouvelle aventure de Tintin en 1956 :  « On a marché sur la lune ».

L’ouvrage l’enthousiasme. Et il prend alors contact Ananoff  qui acceptera de guider les premiers pas sur la lune du père de Tintin.

Dans le livre d’Ananoff, Hergé puise une quantité de renseignements précieux. Comme la photo d’un prototype de couchette ergonomique sur laquelle les héros dessinés s’allongeront pour supporter la pression lors du décollage. Une autre illustration l’intrigue beaucoup. Celle d’une large cabine de pilotage circulaire bardée d’instruments. Hergé écrit à l’auteur et lui demande la signification de ces appareils.

Pour le remercier et lui rendre hommage, Hergé dessinera son livre bien en évidence sur le coin de la table lors de la séquence ou Tournesol teste, à coups de marteau, la solidité son nouveau casque en plexiglas.

illustration parue en couverture du journal Tintin du 11 mai 1950.

Mais dans l’album couleur (pages 7 et 8) le livre a disparu….

Par la suite, Hergé n’hésitera pas à faire de nouveau appel à Ananoff pour valider certains éléments techniques de son histoire. Il ira même jusqu’à lui rendre visite à Paris en février 1952 pour lui montrer la maquette détaillée de l’intérieur de sa fusée lunaire qu’il a faite réaliser par Arthur Vannoeyen, afin de permettre à ses collaborateurs (Bob de Moor en particulier) de dessiner les décors les plus réalistes possibles et sous des angles divers. Je me souviens de son passage un soir à la maison, se souvient le fils d’Alexandre Ananoff, Claude (né en 1939). C’est vrai que la fusée d’Hergé ne correspondait pas du tout à ce que mon père concevait. (…) Hergé était un homme très sympathique. La forme de la fusée, il l’a faite pour que ça plaise aux enfants, sans tenir compte des réalités. Il fallait probablement qu’il fasse quelque chose de joli et d’un petit peu rigolo évidemment. 

Au tableau noir, Alexandre Ananoff explique le principe du satellite

A l’aube des années 60, jugeant avoir accompli sa mission pour l’astronautique et constatant que les nouveaux responsables du domaine avaient déjà oublié son action, Alexandre Ananoff se tourna vers l’histoire de l’art. Avec la même ferveur que celle qui l’anima précédemment, il devint alors un expert mondial en tableaux et dessins du XVIIIe siècle.

 

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