VIDÉO : COMMENT TRAVAILLAIT HERGÉ A PARTIR DES ANNÉES 50, AUX STUDIOS

Pour vous permettre de comprendre mieux la méthode de travail utilisée aux Studios HERGÉ, voici les différentes étapes de la réalisation. Vous constaterez qu’à cette époque (au début des années 50) réaliser une bande dessinée était un travail long qui exigeait beaucoup de rigueur, de minutie et de précision. Quand on pense aux milliers de cases des albums de Tintin on imagine la difficulté !

PREMIERE ETAPE : LE DECOUPAGE

La première étape est tout naturellement de trouver un scénario, le plus simple possible, pour poser les bornes de l’histoire à raconter. Le découpage graphique vient par la suite développer et enrichir ce scénario. A ce stade, Hergé dessine sommairement l’enchainement des cases en s’assurant de mettre un point d’orgue à la fin de chaque page. Les dialogues et les personnages sont dessinés très rapidement, sans les décors. C’est donc à cette étape que l’histoire prend sa forme. Laissons parler Hergé : « Une fois le scénario mis au point, je procède au découpage page par page, sur des petites feuilles où je griffonne des croquis. Et ça, c’est le travail le plus difficile, parce qu’il faut un suspense ou une chute à la fin de chaque page. Et si, par exemple, arrivé à la page 42, je trouve une meilleure idée pour la page 15, tout est à recommencer depuis la page 15 !… Un travail d’horloger, je vous assure. D’horloger ou de bénédictin. Ou d’horloger bénédictin…« 

DEUXIÈME ETAPE : LES CRAYONNÉS

Avant de faire son dessin proprement dit, Hergé commence d’abord par réaliser de nombreux crayonnés. A ce stade, il n’hésite pas à raturer et effacer des dizaines de fois… jusqu’à ce que son crayonné le satisfasse pleinement et qu’il trouve enfin “le trait juste”. Ensuite, lorsque tous ses crayonnés sont terminés, il les recopie sur un papier calque choisissant à chaque fois le trait qui convient le mieux pour obtenir un dessin parfait. Laissons lui à nouveau la parole : « …A partir de ce moment, et toujours case par case, je vais prendre un calque de tous ces crayonnés Cela signifie que, parmi tous ces traits qui s’entremêlent, se superposent, se dédoublent, s’entrecroisent, se recoupent, je vais choisir celui qui me parait le meilleur, celui qui me semble à la fois le plus souple et le plus expressif, le plus clair aussi et le plus simple, celui qui exprime au maximum le mouvement, et cela tout en essayant de conserver toute la spontanéité, la fraîcheur, le jaillissement du premier jet, même si le premier jet a exigé un long travail. Cette façon de procéder par calque me permet également de cadrer les dessins de façon plus précise, en rapprochant ou en éloignant l’un de l’autre deux personnages, par exemple, ou en les faisant descendre ou remonter pour donner plus ou moins d’importance à l’espace destiné aux dialogues. Ensuite, sur une planche propre, je décalque l’un après l’autre les dessins dans la case qu’ils doivent respectivement occuper... ».

TROISIÈME ETAPE : LA MISE AU NET

A partir des calques, le dessin est “mis au net” en traçant les contours à l’encre de chine à la plume ou au pinceau (c’est ainsi que s’obtient la fameuse “ligne claire”). « …Et voici arrivé le moment de la mise au net, à la plume et à l’encre de Chine En règle générale, je tiens à mettre moi-même à l’encre tous les personnages… Mais les décors ne sont toujours que sommairement esquisses. C’est à ce moment qu’interviennent certains de mes collaborateurs, qui vont donner forme et précision à ces paysages, à ces architectures, à ces véhicules (autos, avions, trains, bateaux) qui ne sont encore, je le répète, qu’indiqués. C’est le plus souvent de documents extraits de revues spécialisées que ces dessinateurs vont s’inspirer. Je dis bien: s’inspirer, et non copier servilement.. Ce n’est pas une mince affaire, croyez-moi, que de décortiquer et de comparer plusieurs photographies, de les étudier, de les analyser, d’en faire la synthèse, bref, d’en extraire le maximum d’informations, informations qui passeront dans le dessin définitif et donneront à celui-ci une touche de vérité supplémentaire. Parfois aussi, lorsque les documents font défaut ou sont trop vagues, le dessinateur s’en va lui-même si la chose est possible prendre sur place photos et croquis. Cela a été le cas, par exemple, pour l’album Coke en stock : Bob de Moor et moi-même avons fait un voyage en mer sur un bateau suédois, pour rendre avec le maximum de vérité l’aspect d’un cargo. Cela a été le cas aussi pour le remake de L’île Noire, pour lequel Bob de Moor est allé en Angleterre et en Écosse prendre les croquis et les photos nécessaires. »

L’ensemble est alors transmis au photograveur.

QUATRIÈME ETAPE : LA RÉALISATION DU FILM DU NOIR

Le photograveur reproduit fidèlement le dessin sur un film positif (le résultat consiste en un film transparent sur lequel n’apparaît que le trait noir du dessin). A partir de ce film le photograveur “grave” une plaque d’impression qui va permettre d’imprimer ce dessin au trait en petite quantité (une dizaine d’exemplaires). Cette impression se réalise sur un papier de type Canson, très épais et tolérant bien l’eau et la peinture (gouache, aquarelle…) de façon à bien supporter le coloriage.Ces dix épreuves ne sont pas imprimées en noir, mais dans des tons pâles de gris ou de bleu (d’où leur nom de “bleu” de coloriage).

CINQUIÈME ETAPE : LA MISE EN COULEURS SUR LE « BLEU »

Le photograveur envoie alors les “bleus” de coloriage, accompagnés du film noir correspondant, au format de la publication définitive aux Studios Hergé. Le coloriage proprement dit est alors réalisé par les coloristes. Ces dernières s’appliquent à colorier en ne débordant pas des limites imprimées en… bleu. Régulièrement la coloriste (aux Studios Hergé c’était une tâche délicate plutôt confiée à des jeunes femmes) superpose le film du trait noir sur le “bleu” pour vérifier le rendu visuel et la bonne “cohabitation” du trait noir et de la couleur. Notez sur le “bleu” colorié on ne met pas en couleurs les parties qui doivent rester noires puisque c’est le film du trait noir, une fois superposé, qui s’en chargera. Les couleurs sont appliquées en aplats, sans dégradé, ce qui donne selon Hergé une plus grande lisibilité et davantage de fraîcheur. Tout cela est réalisé à partir d’une charte chromatique, très stricte, définie par Hergé : toujours le même type de bleu pour le pull de Tintin, par exemple. Notez sur le “bleu” colorié on ne met pas en couleurs les parties qui doivent rester noires puisque c’est le film du trait noir, une fois superposé, qui s’en chargera.

SIXIÈME ETAPE : LES FILMS POUR L’IMPRESSION

Une fois le travail terminé, l’ensemble est à nouveau renvoyé chez le photograveur. Celui-ci réalise alors, au moyen d’un agrandisseur et de filtres adaptés, la séparation des couleurs qui lui permettra de fournir à l’imprimeur les 4 films nécessaires : celui du trait noir, celui du jaune, celui du bleu et celui du rouge. A partir de ces couleurs de base (dites primaires) on obtient toutes les autres couleurs de la gamme (de la même façon que vous obtenez du vert quand vous mélangez sur votre palette un peu de peinture jaune et un peu de peinture bleue. Le vert d’ailleurs n’est pas le même suivant que vous mettiez davantage de jaune ou de bleu).

UNE AUTRE ETAPE : LE LETTRAGE

83 700 ! Non, il ne s’agit pas d’un chiffre de vente record atteint par un mythique objet Hergéen, mais celui du nombre de signes typographiques que contient en moyenne chaque album de Tintin.Nombreux sont ceux qui ont appris et aimé la lec­ture grâce à Hergé, mais aussi, sans le savoir, grâce à Arsène Lemey, qui a exercé la profession de “lettreur” aux éditions Casterman.

Pour en savoir plus sur le lettrage voir la publication qui lui est consacrée en cliquant sur l’image ci-dessous :

Et pour voir la vidéo dans laquelle Hergé en 1981 fait visiter ses studios à la Princesse Fabiola

(qui fut Reine des Belges pendant 20 ans),

cliquez sur l’image ci-dessous :

 

 

 

 

Partagez si ça vous a intéressé
  • 118
  •  
  •  
  •  
  •  
    118
    Partages
  • 118
    Partages

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *