TINTIN AU CONGO : LE PARLER PETIT NÈGRE = UN CRÉATION DE L’ARMÉE COLONIALE

Le langage petit-nègre, celui de “Y’a bon Banania” ou certains dialogues de “Tintin au Congo”, était une sorte de français approximatif parlé par les peuples colonisés. Ce langage, maintenant largement perçu comme raciste, a été instauré par l’armée coloniale française.

L’armée décide d’instaurer le langage petit nègre, autrement nommé « français simplifié ». Dans un manuel d’enseignement publié en 1904 à destination des officiers français désireux de mieux communiquer avec leurs tirailleurs. Les officiers s’exprimaient ainsi devant les Africains, les considérant comme des enfants à l’esprit pas totalement développé, ils simplifiaient à outrance en forgeant cette caricature de langue. Un administrateur colonial et linguiste spécialiste des langues africaines, Maurice Delafosse, rédigea même une description de ce qu’il appelle une « simplification naturelle et rationnelle de notre langue si compliquée ».

Il détaille alors, en une vingtaine de lignes, les règles du français « petit-nègre », parmi lesquelles l’emploi des verbes à leur forme la plus simple – l’infinitif – ou la suppression des distinctions de genre et nombre. Surtout, il estime que pour se “faire comprendre vite et bien, il nous faut parler aux Noirs en nous mettant à leur portée, c’est-à-dire leur parler petit-nègre.”

Pendant la guerre de 14-18, on parlera de français tirailleur destiné à ces conscrits à la peau noire venus en particulier du Sénégal. Un manuel militaire intitulé Le français tel que le parlent nos tirailleurs sénégalais est édité, destiné aux gradés afin de leur permettre de « se faire comprendre en peu de temps, de leurs hommes, de donner à leurs théories une forme intelligible pour tous et d’intensifier ainsi la marche de l’instruction ».

Finalement, en 1927, le Règlement provisoire du 7 juillet 1926 pour l’enseignement du français aux militaires indigènes stipule qu’il est formellement interdit de parler sabir (ou petit-nègre), qualifiant cet usage d’errements anciens. Il souligne notamment qu’il est moins difficile de dire : « balaie la chambre » plutôt que « toi y en a balayer la chambre »…

Ce règlement, qui propose d’enseigner un français simple mais correct vient donc prouver que ce qui était fait avant était un enseignement qui était une variété simplifiée et déformée, Entre-temps cependant, le personnage du tirailleur sénégalais et son fameux mode d’expression ont largement eu le temps d’intégrer la culture française. Il y a évidemment le slogan représenté sur les boîtes de Banania, mais aussi les nombreuses cartes postales qui caricaturent les troupes sénégalaises.

Le poète et écrivain Léopold Sédar Senghor, premier Président de la République du Sénégal, racontait comment à son arrivée à Paris, on lui parlait en petit-nègre, lui l’agrégé de grammaire. Il prenait un malin plaisir, lorsqu’on lui demandait telle ou telle information en petit-nègre, à répondre dans le français le plus châtié qui soit.

 

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