TINTIN : MONSIEUR BOULLU OU L’ART DU MENSONGE

Il est le marbrier du village de Moulinsart. C’est pour cette raison que le capitaine Haddock sollicite ses services, afin qu’il répare une marche du grand escalier du château de Moulinsart.

C’est un des personnages les plus discrets mais les plus demandés dans une aventure de Tintin. Mais comme l’Arlésienne, on le voit rarement venir. On en parle beaucoup mais on ne le voit jamais à pied d’œuvre.  Monsieur Boullu est presque un personnage introuvable. On l’appelle mille fois au téléphone, il n’est pas chez lui! Il promet de passer réparer une marche brisée dans l’escalier central de votre château: il ne vient pas.

L’aviez-vous remarqué ? Monsieur Boullu possède, comme Monsieur Sanzot un Combi Volkswagen rouge

Hergé nous le montre chez lui, alors que sa femme a le toupet de répondre au téléphone que son mari est absent. Comme beaucoup d’artisan, Monsieur Boullu est un homme peu pressé : le capitaine Haddock et Nestor auront d’ailleurs l’occasion de s’en rendre compte plusieurs fois dans Les Bijoux de la Castafiore puisqu’ils doivent l’appeler une dizaine de fois avant qu’il daigne venir réparer la marche. Cela a d’ailleurs le don de rendre furieux le capitaine qui, par sa faute, se fait une grave entorse en glissant sur la fameuse marche. Sous des dehors débonnaires d’homme banal et ordinaire, Isidore Boullu cache mal ses mensonges répétés. Il promet toujours et ne tient presque jamais promesse. Par contre, il n’hésite pas à participer, en pleine journée, à une aubade donnée par la modeste harmonie de Moulinsart, histoire de boire un petit coup à l’œil. Car, je ne sais pas si vous l’avez remarqué : Isidore Boullu est également membre de la fanfare de Moulinsart.

MONSIEUR BOULLU : C’EST DU VÉCU !

En 1949 Hergé achète une ancienne auberge de campagne et se lance rapidement dans des restaurations importantes. Elles dureront près de 10 ans. À en croire Hergé, il y aurait un roman à écrire concernant les péripéties de la rénovation. Voici ce qu’il écrivait à un ami :

La seule chose qui m’étonne […], c’est que cette maison ne se soit pas encore écroulée. Je dis « pas encore », car tous les espoirs sont permis. […] L’entrepreneur, très sûr de lui, m’avait annoncé que les travaux de transformation seraient terminés en six semaines. Au mois d’avril prochain, il y aura exactement un an que les travaux ont commencé

Selon lui, les lenteurs et les incongruités du chantier sont devenues une curiosité pour les promeneurs du quartier. « Les familles viennent là, de fort loin, avec leur marmaille, s’arrêtent, contemplent, critiquent » et tentent de deviner quelle modification est survenue depuis le dimanche précédent :

Parfois, c’est une brique qui a été remplacée ; parfois, c’est une fenêtre que l’on a subrepticement changée de place ; parfois, ce sont de gros clous qui sont apparus, comme une maladie, sur une porte de chêne : le dimanche suivant, ils n’y sont plus ; ils n’étaient pas assez gros et on en a commandé d’autres… Pour les transformateurs, l’astuce consiste à opérer dans des endroits judicieusement choisis : des angles morts, certains coins de la façade arrière… En attendant, ce qui se fait à la cadence d’une mitrailleuse, ce sont les factures. Boum ! celle du menuisier. Et vlan ! celle du plombier. Et klet ! celle de l’architecte.

Lorsque, dix ans plus tard, Hergé dessinera Les Bijoux de la Castafiore, il ne devra pas chercher trop loin les gags sur la marche brisée du grand escalier et le marbrier Boullu.

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