LES STUDIOS HERGÉ

Les Studios Hergé ont été créés en 1950.. C’est dans ces studios que Hergé et ses collaborateurs ont notamment réalisé tous les albums de Tintin à partir d’Objectif Lune (1953), ainsi que la refonte des Cigares du Pharaon, de l’île Noire, et de Tintin au Pays de l’or noir.
Ils ont également fait :
• Tintin et le Lac aux requins,
• 3 albums de Quick et Flupke (Jeux interdits, Tout va bien, et Haute tension),
• 1 Jo, Zette et Jocko (La Vallée des cobras),
• 2 dessins animés (le Temple du Soleil et Le lac aux requins)
• Et une série animée de Quick et Flupke, ainsi que quelques autres choses…

Ces studios étaient composés de :
– Hergé, bien sûr
– Bob De Moor
– Jacques Martin
– Roger Leloup
– Michel Demarets
– Jo-El Azara
– Johan De Moor

A la fin des années 1930, Hergé ne rédige pas encore de scénario complet lorsqu’il entame un nouvel album. Mais il a déjà passé le stade de l’improvisation pure et simple, au jour le jour, des premiers Tintin. Il ne veut rien laisser perdre du foisonnement d’idées, de thèmes, de gags qui naissent de son imagination fertile. Alors, il décide de tenir tout sur un carnet. Sur sa couverture, il trace ces mots: « Tintin, Eléments ». Il y note tout en vrac, les détails comme le projet d’ensemble, des bouts de dessin comme des fragments de dialogue, des solutions ponctuelles pour l’histoire en cours comme des éléments qu’il n’utilisera que des années plus tard. Les scénarii de l’époque, d’un modèle très feuilletonesque, sont constitués d’un bout à bout de séquences, une somme de micro-récits accrochés à une trame générale. Chaque micro-récit obéit à la même logique: il s’agit toujours d’exposer Tintin à un danger et de l’en faire triompher.
Dans cette méthode de travail approximative, Hergé témoigne de cette insouciance commune à la quasi-totalité des auteurs de BD de l’époque. Mais, dès la fin des années 1930, Hergé consignait déjà dans ses carnets les principaux rudiments de son art: « Idée de départ très simple (…). Evitant le plus possible l’emploi du texte et donnant toute l’importance au mouvement. »

Hergé a réalisé ainsi 11 albums seuls et l’idée de travailler en studio n’a pas été prise du jour au lendemain, il y a été amené petit à petit. Hergé pris d’abord une collaboratrice pour la mise en couleur (Alice Devos), puis Edgar P. Jacobs en 1943. Finalement, en 1950, s’est constituée une société anonyme « Studios Hergé ».

LES STUDIOS 

Les Studios permettent à Hergé de développer les albums des Aventures de Tintin de manière plus élaborée, en déléguant certains aspects, en particulier le dessin d’éléments du décor ou la mise en couleur, un domaine que Hergé avait d’ailleurs délégué à Edgar P. Jacobs dans les années 1940.
Les éléments techniques notamment, nécessitant un grand travail de documentation et une technique de dessin particulière, rendaient cette assistance précieuse. Les Studios furent d’ailleurs créés alors que Hergé travaillait sur Objectif Lune, aventure où la technologie est omniprésente.
L’influence de certains membres sur les scénarii est également sensible. Jacques Martin, par exemple, revendique (à tort ou à raison) beaucoup d’éléments de scénario, principalement de nombreux gags burlesques (le sparadrap dans L’Affaire Tournesol, Tournesol déboulant dans la voiture du médecin dans Les Bijoux de la Castafiore, etc.), qui, d’après Martin, ne correspondent pas au style d’humour d’Hergé.

Les collaborateurs arrivèrent petit à petit :

L’équipe du studio en 1955: de gauche à droite, Baudouin Van Den Branden de Reeth, Josette Baujot, Jacques Martin, Hergé, Bob de Moor, Monique Laurent, Roger Leloup et Michel Desmarets

LES DESSINATEURS :

Bob De Moor arriva au tout début et y passa quasiment toute sa vie… Il dessina, redessina, parti en repérage, posa pour le maître. C’est celui qui a le mieux connu Hergé. Il entre aux Studios Hergé le 5 avril 1950, et prend rapidement la place de premier assistant, rôle officieux d’Edgar P. Jacobs les années précédentes. Réputé pour imiter parfaitement le trait d’Hergé, il supervise l’ensemble de la production des albums en compagnie de ce dernier. Il se voit également chargé de la gestion de tous les produits dérivés à l’effigie de Tintin et Milou. À sa grande déception, il n’aura pas l’autorisation d’achever Tintin et l’Alph-art à la mort d’Hergé, sa veuve décidant finalement de publier le récit à l’état d’ébauches.

Jacques Martin arriva plus tard, en 1954, avec ses deux assistants Demarets et Leloup. Martin quittera les studios en 72,
Le créateur de la BD Alix, est un proche d’Hergé, ce dernier a fait sa connaissance au Journal Tintin. Il rejoindra les Studios, notamment pour travailler sur les scénarii, à l’occasion de L’Affaire Tournesol. Il collabore avec Hergé jusqu’en 1972, avec les projets de Tintin au Tibet et Coke en Stock, ainsi que le dernier album de Jo, Zette et Jocko, La Vallée des cobras3.

Roger Leloup commencera par dessiner la gare et les chars dans l’affaire Tournesol, et tout ce qui est moto, avions… C’est l’assistant de Jacques Martin (pour la mise en couleurs et les décors d’Alix). Il entre aux studios Hergé le 15 février 1953, notamment pour dessiner des éléments techniques (automobiles, éléments mécaniques). Il est le concepteur du jet futuriste de Carreidas dans Vol 714 pour Sydney. Leloup est également chargé des relations publiques et prépare des dossiers de presse. Il quitte les studios Hergé le 31 décembre 1969 et se consacre entièrement à son héroïne Yoko Tsuno dans un style assez éloigné de celui de Hergé.

Jo-El Azara y resta de 1954 à1961, avant de se consacrer à Taka Takata dans le journal tintin. Il a commencé par gommer les planches, tracer des cadres, calculer l’emplacement des phylactères, puis, petit à petit, a travaillé aux décors avec Bob De Moor, enfin à la couleur avec Josette Baujot, coloriste en chef et future madame Azara

Johan de Moor, le fils de Bob est arrivé aux Studios Hergé peu de temps avant le décès de Hergé. Il est à l’initiative de la reprise de la série Quick et Flupke après la mort de Hergé, il a donc peu croisé le maître.

– Michel Demarets, Arrivé en 1954 avec Jacques Martin : il travaille sur les BD : l’île noire, le Tibet ou les Picaros. Pour Hergé, il est chargé de dessiner, sur les calques au crayon noir, les voitures, les trains, avions et autres accesoires en-dehors des personnages. Il les transmettait ensuite au maître qui les agrémentait de décor. Un travail de titan qui dura plus de 30 ans !

LES COLORISTES

-Josette Baujot Chef coloriste, son caractère quelque peu orageux (notamment au début de la relation entre Hergé et Fanny Vlamynck, à laquelle elle s’opposait) est caricaturé dans Tintin et l’Alph-Art avec un personnage qui porte le nom de Josette Laijot. Elle était la compagne de Jo-El Azara.
-Monique Laurent
-France Ferrari
-Nicole Thenen
-Fanny Vlamynck Entrée en 1956, elle deviendra la seconde épouse de Hergé et de facto héritière de l’œuvre de son mari à sa mort. C’est elle qui préside depuis 1986 la Fondation Hergé  redevenue Studios Hergé en 2006. Fanny est depuis remariée à l’homme d’affaires britannique Nick Rodwell.

LES SECRÉTAIRES

Benoît Van den Branden premier secrétaire de Hergé aux studios de 1953 à 1974. Responsable de tâches administratives, il relisait les dialogues avec Hergé.

Hergé et Benoît Van den Branden
Alain Baran en 1983

– Alain Baran Quelques années avant sa mort, quand son fidèle secrétaire, le baron Baudoin van den Branden de Reeth, tombe gravement malade, Hergé fait appel en 1978 au fils d’une amie. Il s’agit de Alain Baran qui a été danseur dans la compagnie de Maurice Béjart. Considéré comme le « fils adoptif » de Hergé, il sera dernier secrétaire des studios Hergé jusqu’en 1990 : les faits importants qui marquent cette période sont la disparition des studios Hergé, la mise à l’écart de Bob de Moor, la sortie de l’Alph-Art, les premiers contacts avec Spielberg et la création de la BIL (Baran International Licensing), chargée des droits dérivés de Tintin et qui deviendra la Moulinsart S.A.

On peut considérer tous les travaux réalisés sous le nom de plume d’Hergé depuis 1950 comme des travaux des Studios Hergé. Avant le studio, avec Jacobs, la répartition des taches était très libre. Si Jacobs s’occupait principalement des décors et des couleurs, il lui arrivait aussi d’intervenir sur le scénario, ou de poser pour des croquis d’attitude. Avec le studio, Hergé instaura une division du travail, et rationalisa sa propre méthode. Il élabore le scénario et le découpage et c’est vrai que le reste est l’œuvre de ses collaborateurs :

« …C’est à ce moment qu’interviennent certains de mes collaborateurs qui vont donner forme et vie à ces paysages, ces architectures, à ces véhicules, qui ne sont encore qu’indiqués. C’est le plus souvent de documents tirés de revues spécialisées que ces dessinateurs vont s’inspirer. Il faut aussi veiller à ce que ces décors soient bien dans le « style Tintin » : il faut que chacun des éléments ne soit ni trop simplifié, ni trop détaillé, que chacun d’eux reste à sa place et se fonde dans l’ensemble.En règle générale, je tiens à mettre moi-même à l’encre tous les personnages, quitte à laisser parfois à mes assistants le soin de les habiller. Entre temps, planche par planche, les dialogues ont été revus, corrigés, simplifiés et tapés à la machine. Suivant le nombre de signes qu’ils comptent, l’emplacement qu’ils vont occuper est calculé… »

En déléguant à d’autres mains de plus en plus d’aspects de la planche, le dessinateur ne put éviter certaines déperditions et le souci documentaire se fait presque obsessionnel. La machine s’est en quelque sorte automatisée mais Hergé donna ainsi une image de perfection, qui séduisit ses admirateurs.
Après la mort de Hergé, malgré l’existence de cette structure et des compétences qui y étaient rassemblées, sa veuve, Fanny, annonça qu’il n’y aurait plus d’autres album de Tintin, ce que Hergé avait effectivement évoqué lui-même.
« C’est peut-être prétentieux de le dire, mais, si mes collaborateurs, graphiquement, sont capables de les dessiner, je pense être le seul à pouvoir donner vie à mes personnages. Tintin ne peut vivre sans moi. (…) Il n’y a que quand je le fais qu’il me satisfait. Je ne suis jamais parvenu à soumettre mes personnages à des canons assez simples pour dire: maintenant, allez-y, dessinez Tintin… J’ai des collaborateurs, qui m’aident dans mon travail, mais ils ne sont pas fabriqués comme moi, ils n’ont pas les mêmes poumons, pas la même rate, pas le même fonctionnement, et je crois que si je ne pouvais plus réaliser Tintin moi-même, ça ne serait plus cela. Il faudrait mieux dire stop. »

Hergé et son père, Alexis Remi, qui était responsable des archives et de la documentation aux Studios

POUR EN SAVOIR PLUS SUR LA MÉTHODE DE TRAVAIL DE HERGÉ ET DES STUDIOS CLIQUEZ SUR L’IMAGE CI-DESSOUS :

 

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Un commentaire


  1. Le dessin couleur tout en haut de l’article est extrait d’une BD de quatre pages intitulée  »L’aventure de Tintin » d’un ami Québécois et membre du groupe Passion Tintin Québec Jocelyn Jalette https://www.naufrageur.com/a-exil.html

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