AUTOUR DE HERGÉ : LÉON DEGRELLE (1906 – 1994)

Les deux hommes se rencontrent au XXème Siècle, le quotidien où ils travaillent tous les deux. Ils ont en commun d’avoir été scouts et d’avoir eu la même éducation catholique. Bien vite, ils sympathisent malgré leurs différences frappantes. Hergé est plutôt timide, discret, et pas très adroit auprès des femmes. Degrelle au contraire est un fanfaron, beau parleur qui ne mâche pas ses mots, aventurier survolté et un coureur de jupons très séduisant. On l’appelle d’ailleurs Le Beau Léon.

C’est alors que Degrelle part, en tant que reporter du XXème Siècle, effectuer un voyage au Mexique. À l’époque, le pays est dangereux puisqu’on est en pleine guerre des Cristeros (les Cristeros étaient des paysans chrétiens qui décidèrent de se soulever contre le gouvernement alors profondément anticatholique). À ce moment, le conflit avait déjà atteint de grands niveaux de violence et les poteaux télégraphiques étaient « ornés » de cadavres de Cristeros pendus haut et court. Degrelle, qui à l’époque n’avait qu’une vingtaine d’années, prit évidemment le parti des Cristeros. Il réalisa un reportage sur le sujet pour le Vingtième Siècle qui s‘intéressait évidemment de près à la lutte de ce mouvement catholique. Ce fut donc là le premier exploit de Léon Degrelle ! Il en tirera d’ailleurs un papier formidable intitulé « Mes Aventures au Mexique ». Mais dans ce pays, il découvre également La Bande Dessinée. Alors quasiment inconnue en Europe. Et Degrelle envoie à Hergé par courrier quelques BD américaines.

Après ses périples et son retour en Belgique, il va désormais se lancer dans la politique. Suite à ses articles pour la défense du “Christ-Roi”, Monseigneur Picard, aumônier général de l’Association Catholique de la Jeunesse Belge lui propose la direction des Éditions Christus-Rex.

Degrelle développe rapidement la maison d’édition et en modifie le nom : il enlève le “Christ” mais garde le “Rex”; En 1932, il publie un autre livre : “Histoire de la Guerre Scolaire” qui est illustré par Hergé

Ils se fréquentent et se tutoient. Degrelle possède une automobile et passe régulièrement prendre Georges et Germaine (avec laquelle Hergé vient de se marier) lorsqu’ils sont tous les trois invités à dîner chez l’abbé Wallez (le directeur du “XXé Siècle” et du “Petit Vingtième”).

Cela n’empêche pas qu’à la fin de 1932, ils se fâchent à propos d’une illustration de Hergé que Degrelle utilise à des fins politiques pour une affiche de propagande (“Contre l’invasion – sous-entendu des bolchéviques”- votez pour les catholiques”) sans l’autorisation de Hergé.

L’affaire ira jusque devant le Syndicat de la Propriété Artistique et ne sera résolue qu’après un an d’âpres discussions. 

En 1940, Hergé refusera d’ailleurs la proposition qui lui est faite par « Le Pays Réel », le journal de Léon Degrelle, pour animer un supplément pour enfants. « Je n’ai jamais adhéré, ni sentimentalement, ni de quelque manière, au Rexisme, que j’ai toujours eu en aversion« . Il ira même jusqu’à interdire à son épouse Germaine d’assister aux meetings de Léon Degrelle.

En 1933, Léon Degrelle en devient le seul maître des Éditions Rex et il s’entoure de jeunes militants catholiques combatifs. Les publications prennent une couleur plus politique et Léon Degrelle se lance dans des meetings où il perfectionne ses qualités de tribun aux discours « musclés ». En 1935, la maison d’édition s’efface devant le mouvement politique Rex, ouvertement marqué par la pensée de Maurras, le fascisme italien et le nazisme allemand (pourtant, en 1934, Degrelle critiquait violemment la “terreur nazie”)

En 1936, le parti Rex se présente seul aux élections. De manière désordonnée, il rassemble dans un esprit contestataire des tendances contradictoires. Cependant, Rex obtient un bon résultat aux élections législatives de 1936 : 11,49 % des voix, 22 sièges sur 202 à la chambre des députés. Rex reçoit le soutien du régime fasciste italien qui lui donne de l’argent, Rex développe aussi des contacts avec l’Allemagne nazie, de laquelle il obtient une aide matérielle, Léon Degrelle rencontrera Hitler en 1936. Tout cela ne plaît pas à son électorat qui diminue. Lors de l’élection partielle de Bruxelles du 11 avril 1937, c’est la débâcle des rexistes.  En 1939, Rex n’a plus que 4,43 % des voix et n’obtient que 4 députés aux élections législatives.

En 1940. Degrelle soutient la politique de neutralité de la Belgique. Il reconnaît que c’est Hitler qui a déclenché la guerre mais il fait porter la responsabilité à la France et à l’Angleterre ainsi qu’aux « forces occultes de la franc-maçonnerie et de la finance juive« . Interné en 1940 en Belgique puis en France du fait de ses positions pro-allemandes, Léon Degrelle est libéré par les Allemands.

Il part en 1941 pour le front de l’est en créant la légion des volontaires belges “Wallonie” qui combat d’abord dans la Wehrmarcht (armée allemande). En 1943, les volontaires belges sont versés à la Waffen SS dans une nouvelle unité : la SS-Freiwilligen-Sturmbrigade “Wallonie”.En février 1944, il devient le second commandant de la division SS “Wallonie”. Il sera le seul étranger à être décoré de la Croix de Fer avec feuilles de chênes.

Le Führer serrant la main de Léon Degrelle dans les deux siennes (fait rare méritant d’être souligné)

Condamné à mort par contumace par le Conseil de Guerre de Bruxelles, le 29 décembre 1944, Degrelle gagne, fin avril 1945, le Danemark puis la Norvège, deux pays toujours sous contrôle allemand ; il atteint Oslo où il réquisitionne un bombardier bimoteur Heinkel et finit, après avoir survolé une grande partie de l’Europe, par atterrir en catastrophe(par manque de carburant) sur une plage de Saint-Sébastien dans le nord de l’Espagne.  Il y passera le reste de sa vie, Franco ayant à chaque fois refusé son extradition.

Jusqu’à sa mort, à 88 ans, le 31 mars 1994 à Malaga, il ne reniera jamais son engagement nazi et deviendra une des références, en tant qu’ancien SS, de l’extrême droite européenne.

Tintin mon copain

Il s’agit du livre sulfureux de Léon Degrelle, paru seulement en 2000 après son décès . En fait, cet ouvrage est surtout une autobiographie apocryphe de Léon Degrelle. L’auteur utilise la notoriété d’Hergé et de ses personnages pour dire le mal qu’il pense de la démocratie et l’admiration qu’il porte au IIIe Reich. On y trouve aussi de nombreuses reproductions des dessinateurs amis d’Hergé comme Jam qui sera sérieusement condamné à la libération.

Dans la prière d’insérer du livre on peut lire le texte suivant :

« Degrelle entreprend ici de démontrer que Tintin c’est lui ! Preuves à l’appui, il nous raconte quand et comment est né le jeune reporter intrépide, mais aussi le contexte culturel, social et politique de l’époque: la montée de Rex, la guerre, l’épuration (qui a touché également Hergé). Les versions censurées de Tintin (après la guerre) sont ici reproduites, ainsi que les nombreux clins d’œil de Hergé à Léon Degrelle, plus de 400 illustrations et de nombreuses révélations« .

Interdit de vente en Belgique et en France pour contrefaçon au droit d’auteur (après une plainte des ayant-droits, la Fondation Hergé), le livre a été imprimé à 1000 exemplaires dont 850 ont été saisis et brûlés. Il reste 150 exemplaires de l’édition originale en circulation. Une grande partie se trouve chez des collectionneurs. De ce fait, l’ouvrage dans sa première édition est devenu un objet de spéculation.

 

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