TINTIN : UNE ENSEIGNE QUI FAIT PARTIE DU PAYSAGE BRUXELLOIS

Cela fait plus de 60 ans que Tintin & Milou surmontent l’immeuble des éditions du Lombard à Bruxelles.

En 1958, les Éditions du Lombard occupent leur nouvel immeuble construit près de la gare du Midi. Le patron du journal Tintin, Raymond Leblanc, souhaite poser une enseigne publicitaire sur l’immeuble. Le projet est des plus ambitieux : haute de 5 mètres et pesant 3.750 kg, elle a été fabriquée à Cologne sur le modèle de celle qui surmontait les usines Mercedes-Benz à Stuttgart. « Raymond Leblanc a eu cette idée lors d’une visite à l’usine Mercedes », explique Dominique Maricq. En voyant le sigle géant de Mercedes, il a eu l’idée de faire celui de Tintin et Milou.

Une autre enseigne Mercedes mais chez un concessionnaire de Zurich

Hergé en a dessiné la silhouette. Elle fut installée le 2 juillet 1958 à l’occasion de l’exposition universelle. Elle était lumineuse et tournait sur elle-même. Elle fut la toute première enseigne de ce genre installée en Belgique.

Inauguration officielle de l’immeuble Lombard le 13 septembre 1958

Grâce à une mécanique montée sur roulement à billes actionnée par un moteur de 1,1 cv,  elle pivotait sur elle-même 7 jours sur 7 et 24 h sur 24. Cerclée de néons et éclairée par 3 projecteurs qui changeaient de couleurs à intervalles réguliers : elle s’illuminait du coucher au lever du soleil

Si, vue d’en bas, elle paraît toute petite, elle est bien plus imposante qu’il n’y paraît et elle a toute une histoire. Elle symbolise la renommée de Tintin et de son fidèle Milou, le rayonnement d’Hergé et de l’école belge de la Bande dessinée dans le monde, mais aussi l’incroyable « success story » des Éditions du Lombard sous la houlette de son fondateur Raymond Leblanc.

Cette enseigne géante faisait partie intégrante du paysage bruxellois, (elle fut classée en 2004 par la commission des Monuments & Sites de la Région bruxelloise) et nombre de Bruxellois se demandaient pourquoi elle était à ce point délaissée d’autant plus qu’elle n’était même plus éclairée… et elle méritait franchement un petit coup de rajeunissement.

Le 7 août 2009, soit un peu plus de 50 ans après son installation, elle fut carrément démontée. Huit semaines plus tard (le 29 septembre), nantie de nouveaux rouages, d’un nouveau moteur et d’un éclairage moderne, elle retrouvait fièrement sa place historique et jouait à nouveau pleinement son rôle de « girouette lumineuse » à la gloire de Tintin & Milou pour le plus grand plaisir des Bruxellois de 7 à 77 ans.

Elle manquerait certainement à tous les Bruxellois si elle venait à disparaître, ce qui n’est désormais plus à craindre, même si l’immeuble est détruit puisque l’arrêté de protection prévoit la possibilité d’un démontage et d’un déplacement de l’enseigne.

QUAND LE COCA-COLA FAISAIT REDÉMARRER L’ENSEIGNE…

Ci-dessous le témoignage de Guy de Smedt, fils du l’ingénieur responsable de l’enseigne

Je devais avoir presque 10 ans lorsque mon papa, qui travaillait alors comme responsable commercial d’une entreprise bruxelloise de publicités lumineuses, m’a un soir raconté sa journée passée avec Hergé. Ce devait être en 1957. Il avait été convié dans les bureaux des Studios Hergé de l’avenue Louise à Ixelles pour élaborer un projet d’enseigne lumineuse à l’image de Tintin et Milou.

L’éditeur du journal Tintin, Raymond Leblanc, avait eu l’idée de surmonter de cet emblème le nouveau building qui devait abriter les Éditions du Lombard, à côté de la gare du Midi. À l’image de l’enseigne à l’étoile tournante surplombant à Stuttgart les installations d’un célèbre constructeur automobile. Mon papa avait donc ce jour-là discuté avec Hergé de la forme, de la grandeur et des contraintes techniques afin que cette immense enseigne puisse tenir en équilibre, tourner et s’illuminer en même temps. J’ai un souvenir très précis du récit que mon papa m’a fait ce soir-là : comment Hergé l’avait accompagné pour la visite des bureaux et studios, lui avait fait découvrir la maquette de la fusée lunaire et surtout montré les dessins de l’album de Tintin alors en cours d’élaboration. Ce devait être une histoire se déroulant dans l’Himalaya, qui raconterait une rencontre avec l’abominable homme des neiges et qui pourrait par exemple s’intituler Le Museau, ou La Corne du yack… (En fin de compte, Hergé choisira un titre plus conventionnel pour cette nouvelle aventure de son petit reporter: Tintin au Tibet).

Plus tard, tous ces projets ont pris forme et l’enseigne fut fabriquée et montée, en Allemagne pour sa partie mécanique, mais c’est à Bruxelles que furent soufflés les éléments de tubes au néon. Haute de 5 mètres et pesant 3 750 kg, elle était construite pour tourner 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 ! Lors des premiers essais de fonctionnement, auxquels mon papa participa, un blocage de rouages grippés provoqua un stress de dernière minute. Mais un jeune technicien présent sur place sortit de sa musette une bouteille d’une célèbre boisson au cola et la vida sur les engrenages qui se remirent rapidement en mouvement… L’enseigne majestueuse fut installée en juillet, puis inaugurée le 13 septembre 1958, à la fin de l’Exposition Universelle de Bruxelles, inauguration qui fut l’occasion de grandes festivités pour petits et grands, et dont le journal Tintin de l’époque se fit abondamment l’écho.

Cette enseigne fut classée comme monument historique en 2004, puis entièrement restaurée en 2009. Mais dans sa version actuelle, elle ne tourne plus… Peut-être n’ont-ils plus de Coca ?

IMMORTALISÉ SUR UNE PLANCHE DE TINTIN AU TIBET

Et c’est ici que mon histoire personnelle commence. En 1994, je visite avec mes enfants, au Musée du Cinquantenaire, l’exposition Au Tibet avec Tintin qui faisait alors un lien magnifique entre l’album, ses lieux et personnages, et la situation du peuple tibétain face à son environnement politique. En regardant attentivement les quelques planches originales de l’album qui étaient exposées, je découvre avec surprise dans le pourtour de l’une d’elles, là où Hergé annotait ses idées ou les points à ne pas oublier, la silhouette de l’enseigne lumineuse avec le nom de mon papa et un numéro de téléphone. La rencontre de 1957 était inscrite (immortalisée) dans l’œuvre…

Témoignage extrait de la Revue des Amis du Musée Hergé numéro 9, premier trimestre 2015

Les dessinateurs du Journal Tintin, au pied de l’enseigne, sur le toit de l’immeuble

 

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