TINTIN : LA LIGNE CLAIRE : TOUT UN STYLE

L’expression ligne claire (dont le nom fut inventé par Joost Swarte), est apparue pour la première fois aux Pays-Bas en 1977, lors de l’exposition Tintin à Rotterdam.

Liée indissociablement au  » style hergéen « , ce qu’on appelle ligne claire correspond à un graphisme sobre, dont le souci premier est la netteté. Il s’agit, en systématisant le contour des objets, des personnages et des décors d’un trait à l’encre de même épaisseur, d’arriver à la plus grande clarté possible : réalisme des décors, unité esthétique des plans, simplicité des couleurs (dont le rôle est essentiellement identificateur), absence d’ombres et de hachures…  Mais, selon Hergé lui-même, la ligne claire, ce n’est pas seulement le dessin mais aussi le scénario, avec la possibilité de rendre compréhensible pour les enfants un récit parfois complexe.

Pour parvenir à cette ligne  » éclairante « , Hergé dessine sans relâche, reprend, rature, et grâce à un système de calques successifs, dégage enfin le trait le plus souple et le plus expressif.

Ce style deviendra celui de toute une génération qui compte des auteurs comme Jacobs. Martin ou Leloup et que l’on regroupera sous la dénomination ” École de Bruxelles  » On y retrouve la même rigueur dans la construction des planches, le dessin cerné, les bulles rectangulaires, le lettrage neutre, le serti noir.

Il s’agit, à la base, d’un dessin caractérisé, après la réalisation des crayonnés, par un trait d’encre noire d’épaisseur constante. Chaque élément forme une cellule isolée par son contour, et reçoit une couleur donnée. Chaque couleur se trouve donc ainsi séparée de sa voisine par un trait.

Ce style n’a pas débuté avec Hergé. Celui-ci s’est en effet inspiré d’œuvres antérieures. Les caractéristiques de base de la ligne claire (trait simple, aplats de couleur) sont liées aux contraintes posées autrefois par les techniques d’impression des périodiques enfantins. Il n’est donc pas étonnant de trouver des prototypes de ligne claire chez des pionniers de la BD comme Pinchon (Bécassine), Winsor McCay (Little Nemo), Benjamin Rabier, Alain Saint-Ogan…

Émile-Joseph-Porphyre Pinchon
Winsor McCay
Benjamin Rabier
Alain Saint-Ogan

Les principales caractéristiques de la ligne claire ont été depuis longtemps définies, notamment par Hergé lui-même :

  • Contour systématique : trait noir d’épaisseur régulière, identique pour tous les éléments du dessin ;
  • Couleurs en aplats, sans effets d’ombre et lumière, même de nuit, et jamais de hachures.
  • Les ombres des personnages ne sont jamais représentées (mais celles des véhicules le sont !). Même si Edgar P. Jacobs, un des auteurs les plus influents de la ligne claire hachurait parfois pour faire les ombres).
Rare exemple où Hergé a représenté les ombres
  • Réalisme des décors
  • Régularité des strips (peu de débordements d’images sur plusieurs strips ou de modification de taille des strips d’une page sur l’autre…), chaque case est elle-même entourée d’un trait simple ;
  • Unité et continuité des plans (pas de changements gratuits de plan d’une case à l’autre) : Hergé est avant tout un maniaque du scénario parfait, le dessin étant subordonné au récit. D’où un large usage de l’ellipse, et le moins possible de récitatifs.

L’aviez-vous remarqué ?

Parmi les canons implicites de la ligne claire, on trouve l’emploi systématique de phylactères rectangulaires dont les textes sont écrits en bas-de-casse,

Alors que l’école de Marcinelle préfère généralement des bulles arrondies et des dialogues écrits en capitales.

L’école de Marcinelle, ou école de Charleroi, est un style de bande dessinée associé au journal Spirou.  Le nom vient de l’ancienne commune belge de Marcinelle où Jean Dupuis avait fondé le Journal de Spirou.

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2 commentaires


  1. Bonjour

    Je n’ai pas vérifié mais visuellement il me semble que le dessin que vous attribuez ci-dessus à Saint-Ogan est en fait de Greg (et son studio…) dans Les frais de la princesse…

    Répondre

  2. Merci pour cet explicatif sur la ligne claire! Je suis un dessinateur débutant et j’essaie encore de trouver mon style de dessin, et je trouve que la ligne claire me convient le plus, quoique ce style soit considéré comme « passé » de nos jours.

    Répondre

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