LE LOTUS BLEU : LE PREMIER ENGAGEMENT POLITIQUE DE HERGÉ

Le souci documentaire qui anime Hergé et l’influence de Tchang, vont le conduire à donner au Lotus Bleu une forte coloration politique qui fait de cette aventure une des plus “engagées”.

Pour la première fois, Hergé utilise des événements précis liées à l’actualité. Dans Le Lotus Bleu, Hergé adopte sa première position anticolonialiste et s’indigne de l’occupation de la Chine par le Japon, alors même que l’Europe soutient béatement le Japon. Il s’appuie sur l’invasion par les troupes japonaises d’occupation d’un territoire chinois, la Mandchourie, suite à un pseudo attentat ferroviaire à Moukden. Cet attentat fut attribué aux Chinois par les Japonais alors que selon toutes apparences, il fut le fait des japonais. On assiste là, déjà, à l’utilisation des procédés de manipulation et de désinformation.

L’ATTENTAT DE MOUKDEN A L’ORIGINE DE LA GUERRE SINO JAPONAISE

L’intervention militaire a été officiellement justifiée par le faux attentat à Peitaying, près de Moukden (autrement appelé incident de Moukden –  Moukden se trouvant en Mandchourie) contre la voie ferrée par des soi-disant soldats chinois qui tentaient de faire sauter un pont.

« Experts » japonais inspectant les lieux du « sabotage » de la voie ferrée.

En réalité ce sabotage mineur a été imaginé et réalisé de toute pièce par les japonais eux-mêmes. L’incident de Moukden est considéré comme l’événement à l’origine de la guerre sino-japonaise (1937-1945). De 1931 à 1945 l’occupation japonaise fait de la Mandchourie l’État fantoche du Mandchoukouo.

Signalons que dans cette affaire, Hergé prit le parti des Chinois, alors que l’opinion internationale soutenait le Japon, censé être le défenseur de la civilisation face à une Chine considérée comme un pays barbare plongé dans la guerre civile.

Hergé n’avait donc pas hésité à prendre courageusement le contre-pied de l’attitude officielle de l’époque. D’autant plus que pareille critique était surprenante dans un hebdomadaire pour la jeunesse catholique. La droite catholique de l’époque étant plutôt bien disposée à l’égard d’un Japon, ennemi de longue date d’une Russie plus que politiquement suspecte.

Cet engagement eu des suites. La contre-attaque n’arriva pourtant pas du bord des Japonais mais de celui, plus inattendu, des Amitiés… sino-belges. Leur président, le général Raoul Pontus, se rendit solennellement dans les locaux du Vingtième siècle afin de transmettre une énergique protestation: « …Dénigrer ainsi le Japon, qui œuvre pour la stabilité et la prospérité de la Chine, est proprement inadmissible ! Voyez les problèmes qui règnent là-bas: 450 millions d’habitants qui se battent sans cesse entre eux, les gens du Nord qui détestent ceux du Sud, la guerre civile, la ruine, la famine… « 

Hergé semblait ébranlé mais Tchang, auquel il fit part de ses craintes, le rassura aussitôt : Si les Japonais sont fâchés, c’est que nous disons la vérité. Or, on ne peut rien contre la vérité. La Belgique est un pays libre; n’ayons pas peur! Et, ajouta-t-il malicieux, s’ils veulent vous faire un procès, quelle belle publicité pour votre histoire… De fait, l’alerte n’ira pas plus loin: la direction du Vingtième siècle fera bloc derrière son dessinateur vedette, les lecteurs étaient passionnés par cette histoire pleine de péripéties, même s’ils n’en saisissaient pas nécessairement l’acuité politique : les étranges sino-belges pro japonais en seront pour leurs frais!

Et, accrochez-vous, non seulement ce fameux Raoul Pontus cumulait les fonctions de Lieutenant-Général et de Président des Amitiés Sino-Belges mais en plus, un an avant, en 1934, il avait rédigé la préface d’un livre (La Légende d’Albert Premier, Roi des Belges)…. Illustré par Hergé :  !!!! Incroyable !

 

 

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