NON, LE CONGO N’ÉTAIT PAS UN ALBUM RACISTE

Dans son dernier livre : Les tribulations de Tintin au Congo, Philippe Goddin, Tintinologue réputé, replante le décor – colonial – entourant la création de l’album le plus polémique d’Hergé. Et, bizarrement, l’un des plus « innocents », aussi. Faut-il interdire Tintin au Congo ? La question divise, et a même obligé, parfois, la Justice à prendre position, toujours en faveur de l’album de Hergé et de ses nombreux admirateurs. Dans Les tribulations de Tintin au Congo, Philippe Goddin a tenté d’apporter à la fois de l’épaisseur et de la raison à ce récurrent débat.

Une aventure retouchée deux fois

La première partie de l’ouvrage nous rappelle (ou nous apprend) cette vérité historique: Tintin au Congo fut parmi les albums d’Hergé les plus retravaillés puisqu’après une première publication dans Le Petit Vingtième, du 5 juin 1930 au 11 juin 1931, il sera retouché une première fois par Hergé pour une seconde parution, dans Het Laatste Nieuws, en 1940, puis adapté au format couleurs en 1946. Dans son livre, Philippe Goddin s’attarde longuement sur la version du Laatste Nieuws: Au départ, dit-il, je ne voulais m’intéresser qu’à celle-ci, qui est un peu un chaînon manquant dans l’œuvre d’Hergé. Mais je me suis vite rendu compte que je ne pouvais pas faire totalement l’impasse sur la publication de 1930, ni sur l’album couleur, pas plus que sur le contexte, et donc le rapport d’Hergé à l’Afrique.

Le reflet d’une époque

La documentation venue étayer ce propos le prouve largement : Hergé n’a pas fait autre chose, dans Tintin au Congo, que refléter, dans un album, les mentalités coloniales d’alors: Je ne rate d’ailleurs pas une occasion, poursuit Philippe Goddin, de souligner à quel point, à l’époque, les gens n’étaient pas conscients de ce qui se passait réellement en Afrique, et notamment au Congo Belge. Hergé lui-même n’y avait jamais mis les pieds. Et puis, n’oublions pas que c’est l’abbé Wallez qui l’a contraint à envoyer Tintin en Afrique : lui voulait d’abord aller en Amérique. Il a accepté bon gré mal gré, et s’est servi de l’Afrique comme d’un décor, où la population locale attendrait Tintin tel le messie. Mais il faisait semblant, c’était un jeu.

Hergé n’était pas raciste

Pour Philippe Goddin, il n’y a là aucun doute: si certains égarements ultérieurs d’Hergé peuvent prêter à caution, on ne peut certainement pas le taxer de racisme pour son Tintin au Congo: Bien sûr, ce qu’il montre du peuple noir n’est pas confondant d’intérêt, mais il ne fait pas là un travail sociologique, même s’il véhicule des préjugés qui paraissent inacceptables aujourd’hui, et c’est heureux. Mais il n’y a là aucune méchanceté. Je sais que certains ont voulu voir du mépris là où Hergé ne voyait que de l’humour, mais ceux-là oublient par exemple que les méchants de l’histoire sont blancs, même s’ils sont plutôt Américains que Belges. De la même façon, Tintin partage son repas avec son boy, ce qui n’est pas du tout dans les mœurs de l’époque.

Hergé a évolué

Autre passage intéressant: celui qui voit Philippe Goddin dresser un parallèle entre le fond colonial de Tintin et Congo et celui d’albums ultérieurs, à l’image de Coke en stock : On est en 1958 et on voit que Hergé ne fait plus parler les enfants noirs comme dans Tintin au Congo : ils l’appellent ‘‘M’sieur’’ et plus ‘‘Missié’’. Cela dénote d’une évolution personnelle de l’auteur.

Il ne s’agit pas d’une œuvre politique

Il faut dire que Hergé a développé, avec les années, une conscience politique que le jeune dessinateur de Tintin chez les Soviets n’avait pas encore: Tintin au Congo, tout comme Tintin en Amérique, est l’un des albums les plus linéaires. Et ce n’est pas étonnant qu’il soit l’un de ceux que préfèrent toujours les enfants: à la limite, il ne faut même pas savoir lire pour le feuilleter. Parce que ce n’est qu’une suite de péripéties. En cela, il diffère aussi de Tintin aux Soviets, où il s’agissait de sauver l’Occident de ces dangereux communistes sanguinaires.

L’influence de l’abbé Wallez

On le sait : le scénario de Tintin chez les Soviets avait été téléguidé par l’abbé Wallez. Qui a déjà moins d’impact sur Hergé au moment de Tintin au Congo: On voit apparaître un missionnaire, tempère Philippe Goddin. Mais il le fait fort tard. C’était un passage obligé, mais Hergé ne fait pas non plus œuvre apostolique.

 

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