LES ORIGINES DU PEARY

Cette publication sur les origines du navire Peary dans L’Étoile Mystérieuse est une façon pour TINTINOMANIA de rendre hommage à ce grand Monsieur que fut Yves Horeau.

Publication réalisée à partir de l’article « TINTIN NOUS MÈNE EN BATEAU » de Yves Horeau et Jacques Hiron, paru dans le numéro 13 de la Revue des ADMH (Amis du Musée Hergé)

Une case de L’Étoile mystérieuse offre une vue générale de la silhouette du Peary, le bateau concurrent de l’Aurore dans la recherche de l’aérolithe.

LE NAVIRE POLAIRE DU COMMANDANT CHARCOT ?

Elle est suffisamment réaliste pour que l’on cherche la source d’inspiration d’Hergé. Un indice important est fourni par le plan de la voilure.

Il a opté pour un trois-mâts barque, ce qui est très classique ; mais dans le cas d’un mode de propulsion mixte (voile et vapeur) les navires de ce type possèdent généralement un mât de misaine positionné en avant de la cheminée centrale, le grand mât et l’artimon étant placés en arrière de celle-ci. Or, sur le Peary, c’est l’inverse : misaine et grand mât sont devant, et l’artimon, seul, est derrière la cheminée. C’est une variante rarissime, mais dont un représentant est très connu et même célèbre en Europe. Il s’agit du fameux Pourquoi Pas ?, le navire polaire du commandant Charcot (1867-1936).

Lancé en 1908 à Saint-Malo, long de 40 m, ce voilier était doté d’un moteur de 550 CV. Il effectua sa première mission antarctique de 1908 à 1910. De 1914 à 1919 il fut désarmé à Cherbourg et reprit ses expéditions lointaines l’année suivante. De 1925 à 1934 les missions vers le Groenland se succédèrent. L’année 1936 vit la triste fin du Pourquoi Pas ?, quand le navire fut drossé par la tempête sur les côtes islandaises : il y eut 40 victimes (dont Charcot) et un seul rescapé…

Même s’il avait déjà disparu depuis cinq ans quand Hergé a dessiné L’Étoile mystérieuse, la notoriété du Pourquoi Pas ? était telle qu’il est possible qu’il lui ait servi de modèle pour le bateau concurrent de l’Aurore. Cette hypothèse est renforcée par la présence d’une photo du Pourquoi Pas ? dans les archives personnelles d’Hergé. Il existe d’autres points communs entre ce navire et l’Aurore : en plus de la silhouette générale, la position des canots de sauvetage est identique, et le nid-de-pie caractéristique est également placé sur le grand mât, même si Hergé a cru bon d’en ajouter un second, en haut du mât de misaine…

DES DIFFÉRENCES EXPLICABLES

Il existe pourtant des différences notables entre le Peary d’Hergé et le Pourquoi Pas ? du commandant Charcot. Outre la présence de plusieurs vergues caractéristiques de phares carrés dans la voilure de ce dernier (et qui n’apparaissent pas dans le dessin d’Hergé, sans doute par souci de simplification), sa coque n’a jamais été noire, mais franchement claire (blanc cassé, en fait). Il y a à ceci une explication vraisemblable : le Peary jouant le rôle du « mauvais » dans son récit, Hergé aurait opté pour une représentation formellement différente. La couleur noire, que l’on associe souvent au mal, était ici de mise et elle permettait en même temps de respecter la mémoire du commandant Charcot et de son célèbre navire, en évitant une possible confusion.

UN AUTRE MODÈLE DU PEARY ?

Un autre navire concurrence le Pourquoi Pas ? comme possible source d’inspiration du Peary. Il s’agit également d’un navire polaire, le Theodore Roosevelt, construit en 1905 dans l’État du Maine pour l’explorateur américain Robert Peary (1856-1920). Il portait le nom du président des États- Unis qui avait contribué au financement de sa construction. Long de 56 m, bénéficiant d’un faible tirant d’eau (4,90 m), équipé d’un puissant moteur lui permettant de briser les glaces (ses voiles n’assurant qu’une propulsion auxiliaire) et doté d’une robuste charpente, le Roosevelt était adapté à ses missions spécifiques

Plusieurs expéditions (en 1906 et 1908) permirent au Roosevelt de s’approcher du pôle Nord. Après sa dernière expédition polaire en avril 1909, Robert Peary n’utilisa plus le Roosevelt, qui fut alors reconverti dans le transport maritime de fret. C’est dans cette fonction commerciale que sa carrière s’acheva définitivement après un échouage dans le secteur du canal de Panama.

Le nom de son propriétaire, le célèbre explorateur polaire Robert Peary, sa coque noire similaire au concurrent de l’Aurore, et sa voilure où ne figurait qu’une seule vergue destinée à un phare carré (sur le mât de misaine), le mettent en bonne place sur la liste des possibles modèles du Peary, mais sa très faible notoriété en Europe et la présence d’une photo du Pourquoi Pas ? dans les archives du dessinateur ne permettent pas de trancher définitivement la question. Seul Hergé lui-même aurait pu lever le doute… 

Les images extraites de l’œuvre de Hergé sont la propriété exclusive de MOULINSART SA.

© Hergé-Moulinsart 2018.

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