TINTIN ET L’ALCOOL : LE LIVRE INTERDIT

Voici à la demande d’un bon nombre d’entre-vous la publication concernant cet ouvrage aujourd’hui introuvable !

Cet ouvrage est paru en 1995. L’auteur est Bertrand Boulin (fils de Robert Boulin, ministre du Travail de Giscard retrouvé « noyé » -sic- en 1979)

Il fut édité par les Éditions Chapitre Douze. Au total 182 pages en couleurs consacrées à une étude autour de l’alcool dans les albums de Tintin, illustrée de très (trop) nombreuses planches et/ou cases, disséquées à travers les chapitres comme « les non-dits », « l’alcool récompense », l’alcool courage », « l’alcool manque », « l’alcool traître », « l’alcool réaction chez les autres » etc. Il est vrai que depuis la première aventure (au pays des Soviets), où Tintin se laisse aller lui-même, jusqu’au remède contre la boisson qu’expérimente le professeur Tournesol (Tintin et les Picaros) l’alcool tient une place importante dans les Aventures du petit Reporter.

Bertrand Boulin en 1984

L’étude de Bertrand Boulin révèle des chiffres surprenants : 7% des vignettes chez Hergé font référence à cette addiction, il y a 212 mentions du mot alcool, 7 situations d’ivresse sont racontées ainsi que 39 scènes de frustration. D’ailleurs, absolument tous les personnages boivent à un moment ou un autre, y compris Milou, sans parler de l’éléphant coquin qui plonge sa trompe dans un verre (les Cigares du pharaon). Et que dire du capitaine Haddock… Ces accumulations sont tellement gênantes, que les verres de whisky ont été effacés dans l’adaptation en dessin animé de 1992.

Le livre a été censuré par la justice française le 7 juillet 1995 et les exemplaires ont tous été détruits. Mais pourquoi cette décision peu commune ? C’est vrai que Tintin et l’alcool avait forcé la dose : on ne recensait pas moins de 1 141 images empruntées !

L’auteur : Bertrand Boulin, ancien alcoolique, a vu l’œuvre d’Hergé avec le prisme déformant de son obsession. Il voit en Hergé un visionnaire qui « connaissait ou pressentait l’ensemble des grandes questions liées à l’alcoolisme » et qui « pose toutes les questions fondamentales du produit alcool, de l’anéantissement des tribus indiennes aux hallucinations ou rêves éveillés qu’il suscite avec une prodigieuse acuité« . L’auteur fait le parallèle entre diverses scènes de Tintin et le comportement de l’alcoolique et de son entourage, cherchant derrière la case les non-dits d’Hergé, les « allégories » qu’il croit y trouver. Et que Hergé, probablement, n’a jamais eu l’intention d’y placer. Si, sans doute, le créateur de Tintin avait un côté visionnaire, il n’est pas certain que ce soit au niveau des rapports de l’individu à l’alcool qu’il se situe.

Cela dit, personnellement je trouve sa lecture intéressante et elle le sera sans doute encore plus pour celui ou celle qui a rencontré des problèmes avec l’alcool.

Il est indéniable que l’alcool fait partie intégrante de l’œuvre d’Hergé et cela a déjà été maintes fois mentionné. Le personnage d’Haddock et très clair à ce sujet et Milou, lui aussi, a un penchant certain pour le whisky Loch Lomond. Mais le sujet, qui pourrait faire l’objet d’un article de quelques pages, ne valait pas un développement sur 180 pages (constituées, il est vrai, d’une bonne moitié de reprises de vignettes).

C’est vrai que ce livre a été mal écrit, mal corrigé, mis en page approximativement, édité avec amateurisme. Les fautes d’orthographe et coquilles sont nombreuses. Visiblement, aucun correcteur professionnel n’a lu les pages de ce livre. Aucun graphiste ni metteur en page non plus, d’ailleurs. Des blocs de texte succèdent à des blocs d’images collées sans la moindre recherche d’équilibre. Les vignettes des albums ont été découpées n’importe comment, souvent en en amputant le bord, et sans les traiter infographiquement pour rectifier les effets du scan : par transparence, elles laissent apparaître le verso de la page dans de nombreux cas.

Aujourd’hui la valeur de collection exorbitante de cet ouvrage a comme unique origine son interdiction et sa saisie par la justice. Démonstration, une fois de plus, que la censure est bien la pire des attitudes. Aujourd’hui il atteint les 300€ (soit 10 fois plus que son prix d’origine) quand on peut se le procurer, ce qui est quasiment impossible !

AU DÉPART : UN ADDICTOLOGUE

Le Docteur Hispard

L’inspirateur du projet est un addictologue respecté, Éric Hispard, qui avait l’habitude d’étudier les albums de Tintin avec ses malades. Les interprétations du Dr Hispard ont été assemblées sous forme de livre par un de ses patients : Bertrand Boulin. Ce travailleur social avait déjà publié plusieurs ouvrages, dont un sur la mort mystérieuse de son père, Robert Boulin, ministre du Travail de Giscard retrouvé en 1979 dans un étang, noyé dans 50 centimètres d’eau en forêt de Rambouillet.

INCONSULTABLE MEME A LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE !

N’essayez même pas de consulter l’ouvrage à La Bibliothèque nationale censée pourtant abriter tout écrit publié en France depuis plus de cinq cents ans ?

L’ouvrage recherché apparaît bien dans le catalogue électronique mais, étrangement, on ne peut pas cliquer sur l’onglet «réserver»… Il faut le demander au documentaliste. Quarante minutes plus tard, ça y est ! Il est là ! Tintin et l’alcool ! Une dame vous tend le livre. Soudain, elle se ravise. «Attendez, il y a un problème !» Un mot scotché indique que le «prêt est interdit». «Désolée», ajoute-t-elle. Ainsi la Bibliothèque nationale conserverait des ouvrages qu’elle ne peut montrer ? Oui, c’est ce qui arrive quand l’interdit judiciaire frappe. Les chercheurs, historiens, étudiants, journalistes en sont privés aussi.

PS : Si vous êtes intéressé : tintinomania@gmail.com

 

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